Chronique 10 - Décembre 2015

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 10 - Décembre 2015

Le Point F., conçu hors contexte, fit pourtant référence locale...

Du hors-contexte d'intérêt local ?

La troisième époque du campus de Moulon a commencé concrètement cette année, en 2015, avec la mise en chantier de deux édifices symboliques des visées locales et nationales du projet Paris-Saclay : le Lieu de vie et le bâtiment A de l'École centrale. Ces édifices appartiennent en effet à deux courants différents de l'architecture : le Lieu de vie cherche à se fondre dans le contexte local (voir la note 1), alors que Centrale ne s'en soucie guère au motif que son édifice créera un nouveau contexte dominant (voir la note 2).

L'ère secondaire du campus de Moulon fut, elle aussi, marquée par deux bâtiments divergents quant à leur rapport au terroir. La ferme de Moulon, pur produit de l'histoire locale (voir la note 3), devint un symbole du second âge du campus lorsque l'INRA, s'installant dans ses murs en 1978, la sauva de la ruine (voir la note 4).

Le Point F., conçu en 1972 alors que son lieu d'implantation n'était pas décidé, ignorait au contraire le contexte local. Néanmoins, comme le souhaitaient ses concepteurs, et comme le soulignent ses actuels admirateurs, il fit référence et créa lui-même un nouveau contexte en impulsant l'innovation pédagogique et architecturale à Moulon (Supélec, édifié trois ans plus tard, en témoigne)(voir la note 5).

L'ère primaire du campus de Moulon, initiée hors contexte juste après la Libération, ne concerna que sa périphérie : le CEN de Saclay et les premiers laboratoires en vallée (voir la note 6) furent conçus dès l'origine comme des enclaves sans rapport avec leur environnement (sauf pour la disponibilité d'un vaste espace de sécurité sur le plateau, et pour la desserte de la vallée par les trains de la Ligne de Sceaux). Les communes, dont celle de Gif, ne furent pas associées à ce premier âge et s'en sentirent victime (voir la note 7).

C'est pourquoi nous - les Giffois d'aujourd'hui, légataires de la partie centrale formant l'essentiel du contexte du campus de Moulon - revendiquons encore le droit de participer aux décisions concernant cet espace et la liberté de ne pas toujours prendre l'inspiration locale pour une garantie de l'intérêt local.

Visite intérieure et extérieure du Point F. dans son état actuel, en novembre 2015.

Les chantiers en cours

Le bâtiment nord de l'École Centrale

Depuis la mi-novembre le sous-sol (2 étages) est presque entièrement couvert de la dalle porteuse du rez-de chaussée sur laquelle se disposent en biais, par rapport à l'orientation nord-sud et est-ouest des façades, les très fines cloisons intérieures en béton qui délimiteront les différentes salles et espaces ouverts regroupés sous le même toit.

La raison de cette mise en biais est que le principal axe de circulation dans le bâtiment suit une diagonale reliant à l'extérieur la future gare du métro express du Grand Paris (au nord-est) et la place dite "Carré des Sciences" (au sud-ouest) qui reliera les deux bâtiments de Centrale, celui de Supélec et le Parc urbain de Moulon.

Le Lieu de Vie

Les vitrages périphériques sont posés, les travaux d'aménagement intérieur ont commencé, les délais paraissent tenus pour permettre une ouverture au début 2016 et un démarrage des activités avant le printemps prochain.

L'IPS2 (ex IBP)

Le bâtiment originel de l'Institut de Biologie des Plantes, érigé en 1994, subit des travaux de rénovation et de réaménagement intérieur depuis le début de l'année 2015. Cette évolution structurelle est commandée par un changement de statut (un regroupement de laboratoires) dont le signe le plus visible est le changement de nom opéré en 2015, l'IBP devenant l'Institut des Sciences des Plantes de Paris-Saclay (Institute of Plant Sciences - Paris-Saclay) avec "IPS2" pour sigle.

Nous remercions chaleureusement la direction et le responsable des services techniques de nous avoir ouvert à plusieurs reprises l'accès au toit du bâtiment pour photographier les alentours, dont le chantier du bâtiment nord de Centrale.

La voie réservée du bus express

Les embarras de circulation provoqués en 2014-2015 par les travaux de construction de la voie réservée au bus express Massy-Saclay via Polytechnique, Corbeville et Moulon, seront bientôt oubliés. En effet, les travaux seront achevés à la fin de l'année et la ligne entrera en fonction début 2016.

La question pendante demeure celle de la motivation des automobilistes à emprunter les transports en commun : dans ce domaine aussi, l'opération Paris-Saclay devra forcer l'innovation pour doter nos territoires d'une singularité positive supplémentaire...

Des nouvelles des institutions

L'EPPS

Pierre Veltz, directeur de l'Institut des hautes études de développement et d’aménagement des territoires en Europe (IHEDATE) de 2004 à 2008, puis nommé par l'État en 2009 délégué ministériel chargé de la mise en œuvre du cluster de Saclay, puis en 2010 Président directeur général de l'Établissement public du Plateau de Saclay (alors tout juste créé) a pris sa retraite en octobre 2015.

Son successeur, nommé PDG de l'EPPS par décret du Président de la République en date du 5 novembre 2015, est Philippe Van de Maele, diplômé de l'École polytechnique et de l'École nationale des ponts et chaussées, ancien directeur-adjoint du cabinet de Jean-Louis Borloo (Ministre de la Ville et de la Rénovation urbaine, puis Ministre de l'énergie et du développement durable), nommé en 2009 PDG de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), chargé depuis 2013 de la direction de l'innovation et de la construction durable au sein de Bouygues Construction.

L'EPPS sera prochainement transformé en Établissement public d'aménagement (EPA), dont le Président sera élu au sein du collège des élus.

La CAPS

L'actuelle Communauté d'agglomération du Plateau de Saclay sera au 1er janvier 2016 officiellement fusionnée avec la Communauté d'agglomération Europe Essonne (siège à Massy) avec laquelle elle travaille depuis 2013, et avec les communes de Wissous et de Verrières-le-Buisson.

La communauté d'agglomération qui en résultera comptera 27 communes et un peu moins de 300 000 habitants.

Son nom sera "Communauté Paris-Saclay", son siège sera celui de l'actuelle CAPS (à Moulon, très près de la limite de Gif, sur Orsay, à proximité immédiate de la future gare Gif-Orsay du métro express du Grand Paris).

Son conseil communautaire comptera 78 élus et chaque commune y aura au moins un représentant.

Événements

Paris-Saclay Invest

La CAPS et l'EPPS relaient l'appel de "Finance & Technologie" lancé aux investisseurs intéressés par les "start up" innovantes locales, à participer le jeudi 10 décembre 2015 à HEC (Jouy-en-Josas ) à la sixième édition du "Paris-Saclay Invest", devenu bisannuel en 2015.

Pour toute information voir www.paris-saclay-invest.com

Notes

Note 1 

Pensé par Gilles Delalex, Yves Moreau et Thomas Wessel-Cessieux, architectes fondateurs de l'agence Muoto, pour répondre à deux besoins corporels des utilisateurs et habitants de Moulon, nourrir et exercer le corps, le Lieu de Vie a été aussi voulu absolument transparent.
Le but recherché était qu'il s'efface dans son contexte paysager (la nature et la ville), historique (il ne rompra en rien la gamme des styles allant de celui - industriel - de l'IUT, à celui - écologique - de la Résidence universitaire Émilie du Châtelet en passant par celui - néo-constructiviste - de la Maison de l'Ingénieur) et social (ce qu'y feront les gens sera visible de l'extérieur, et ceux de l'intérieur verront ce qu'il se passera autour du bâtiment).
De ce fait, cet édifice illustre sur le plateau de Moulon le parti-pris de l'école dite "contextualiste", dont Jean Nouvel, l'un des représentants les plus éminents à l'échelle mondiale, donne cette définition très pragmatique : “Bâtir c’est s’inscrire dans un territoire et dans son histoire.
Imaginez un bâtiment et mettez-le ailleurs : si ça va, c’est qu’il n’a rien à faire là”

Extrait de son interview dans Le Monde Magazine du 17/10/15

Note 2

Rem Koolhass, architecte fondateur de l'agence OMA signataire du bâtiment nord (ou A) en cours de construction à Moulon de l'École centrale de Paris, est renommé dans le monde entier pour la radicalité et la brutalité de son slogan "Fuck the context", sans aucun doute le plus illustratif de l'école dite "non-contextuelle", dont le postulat de base n'est pourtant pas - comme le souligne Clément Blanchet, son adjoint en France - que le contexte n'est pas à prendre en compte mais que les bâtiments que l'on y construit le modifient en proportion de leur importance, au point que les plus puissants créent un contexte tout à fait nouveau qui devient dominant.

Pour s'échapper d'une opposition binaire simpliste entre contextualisme et non-contextualisme, il suffit de remarquer, par exemple à Moulon, que le bâtiment du Lieu de vie, censé se fondre dans son contexte, interfère pourtant avec son environnement (notamment en bloquant la dynamique de la proue de la Maison de l'Ingénieur et en suscitant un appel à l'ouverture d'une place devant lui, à l'est), alors que celui de Centrale, supposé modèle anti-contextuel, se fond au moins de trois façons dans le dispositif local : il se coule dans la maille du plan général en respectant sa taille et son orientation, il organise sa façade ouest pour l'ouvrir sur le parc et les bâtiments de l'ancien Point F., il adapte sa circulation intérieure au besoin local d'un cheminement direct, en oblique à travers lui, entre la future gare Gif-Orsay du métro express au nord-est et l'esplanade des Sciences (nouvellement rebaptisée Carré des Sciences) au sud-ouest.

Note 3

Les éléments les plus anciens de la ferme de Moulon remontent au XVIIe siècle. Ils consistent en un bâtiment étroit avec porte arquée fermant la cour au sud. Une grande porte charretière à arc en anse de panier, faite de blocs de grès soigneusement appareillés, un peu plus tardive, ainsi que les bâtiments ouest et nord, composent un cadre authentique et esthétique bordant la cour pavée de grès, elle-même de belle allure.

Il est très vraisemblable, au vu de la distribution locale des traces archéologiques d'occupation humaine sur le plateau, que le site de la ferme de Moulon ait été occupé au moins depuis les premiers siècles avant notre ère. Au cours du temps, la ferme s'est enrichie de nouveaux bâtiments, le dernier en date étant une villa bourgeoise de style périurbain en brique à couverture d'ardoise typique de la transition du XIXe au XXe, construite dans la cour originelle et formant une verrue qui défigure l'ensemble plus ancien authentiquement rural.

Il est aussi vraisemblable que la ferme fut, à plusieurs époques, entourée d'autres habitations formant un hameau. C'est le cas actuel depuis plus d'un siècle, comme ce l'était juste après la Révolution dont date un relevé faisant état de plusieurs habitations en voie de délabrement autour de la ferme de Moulon.

Dans un proche avenir, les actuels bâtiments postiches sans valeur patrimoniale disparaîtront au profit d'un ensemble d'immeubles de logements modernes, et seuls les édifices anciens fermant la cour originelle de la ferme seront conservés dans leurs volumes et formes et consacrés à d'autres fonctions (non encore précisément définies par la CAPS, qui sera maître d'ouvrage de cette opération).

Les broussailles actuelles qui masquent l'ancienne mare-abreuvoir à l'ouest de la ferme deviendront un jardin provisoirement dit "jardin de la ferme".

Note 4

La ferme de Moulon, alors en déclin faute de repreneur, fut achetée par l'État en 1969, avec ses terres (94 hectares sur Gif) pour le compte de l'Éducation nationale qui avait le projet d'implanter ici des équipements universitaires. Les locaux en furent sommairement aménagés pour recevoir, en 1978, les chercheurs, outils de laboratoires et engins agricoles, d'une unité de l'INRA (Institut national de la recherche agronomique), qui transforma 83 hectares des terres de grande culture commerciale en une vingtaine de parcelles de recherche et d'expérimentation en agronomie puis - à partir de 1982 -en génétique végétale. Deux hangars à pans de bois furent édifiés pour les silos et les engins. Prochainement, en 2019, l'ouverture de l'IDEEV (Institut Diversité, Écologie, Évolution du vivant), en projet en bordure nord-ouest de la partie urbaine du nouveau quartier de Moulon, permettra de relayer la recherche agronomique sur les terres de Moulon.

La ferme de Moulon, ainsi sauvée une première fois de la ruine par l'INRA, et devenue - par cette capacité à se transformer - un patrimoine durable, sera de nouveau exonérée d'obsolescence par une seconde transformation en un site public avec jardin (encore à définir) au cœur d'un ensemble d'habitations.

Le Contrat de développement territorial, dans sa version originale de 2013 ainsi que dans sa version corrigée de 2015, considère la ferme de Moulon comme un élément du patrimoine à préserver. C'est le seul bâtiment existant de la partie giffoise du plateau de Moulon qui bénéficie d'un telle considération.

Note 5

La localisation du Point F. ("Formation") sur le plateau de Saclay, à Moulon, fut décidée après que le complexe architectural ait été commandé par le Centre d’études supérieures industrielles (CESI, constitué par un groupement de grandes entreprises désireuses de former certains de leurs techniciens à des responsabilités d'ingénieurs et de cadres pour s'adapter à l'évolution des industries). Le complexe, composé d'un ensemble de logements, d'un bâtiment central rassemblant trois grands volumes, et de six grands satellites séparés dont un centre sportif, fut dessiné par le groupement IRISS (Institut de recherches et d’interventions en sciences sociales) constitué par les architectes Alain Lemétais et Michel Day et les psycho-sociologues Hélène Pellet et Nadia Vekoff.

Construit en 1973, cet ensemble architectural exemplairement non-contextuel (même dans sa réalisation : il n'est par exemple même pas accordé au simple niveau du sol originel, sur et dans lequel il se surélève par des pilotis ou s'enfonce à presque mi-hauteur) fit immédiatement sensation et référence. Sensation par ses formes (toiture triangulaire en pente, tour de la bibliothèque en alvéoles vitrées, modules carrossés en aluminium bleu avec façades arrondies transparentes en plexiglas teinté), couleurs (franches, comme chez Vasarely), matériaux (bois contrecollé courbé, métaux, béton en voiles minces, grands vitrages), étendue (plus de 18 000 m2 de planchers à l'origine) et aussi par la large ouverture de sa cafétéria aux utilisateurs déjà là (ceux de l'IUT, installé en 1971) et à venir (ceux de Supélec en 1976, du LGEP - Laboratoire de génie électrique de Paris - et de l'INRA en 1978, de la Maison de l'Ingénieur en 1992, de l'IBP en 1994). Référence par la modernité de son esthétique et de son parti-pris de générer de nouveaux rapports sociaux (800 stagiaires dont 200 logés sur place, pour des durées de cursus allant jusqu'à 2 années) et pédagogiques (coformation en petits groupes de huit personnes). Immédiatement victime de la crise industrielle devenue évidente en France en 1974-75, le Point F. fut abandonné par ses créateurs en 1979 et repris par le Ministère de l'Intérieur pour y installer le Centre national d'études et de formation (de la Police nationale) ou CNEF, qui fit remettre aux normes les locaux par leurs concepteurs en 1985 puis en fit un centre régional de formation qui réduisit ses activités, abandonna progressivement une partie des locaux satellites et finit par fermer définitivement en avril 2013. Placé sous la responsabilité de l'EPPS depuis 2014, ce site a été depuis lors dégrossi de ses bâtiments anonymes (les logements) ou en mauvais état (le local des sports, 4 satellites de formation - un cinquième, abandonné, avait accidentellement brûlé après le départ du CNEF) afin qu'il ne demeure que le complexe central avec environ 5 000 m2 de planchers (deux amphithéâtres de 200 et 400 places, un hall de 750 m2, un restaurant en un seul espace de 1350 m2, une bibliothèque en forme de tour de 200 m2, une rotonde de 850 m2... ). Il a aussi retrouvé son nom originel de "Point F." et devra être repris par un nouveau gestionnaire capable d'en financer la réhabilitation, d'ici la fin de l'année 2015.

Quel que soit son sort, ce Point F. aura conféré au territoire giffois de Moulon, en complément du hameau-ferme depuis longtemps déjà là, une singularité qu'ont ensuite enrichie et confirmée l'École supérieure d'électricité (Supélec, campus dessiné par Michel Longuet, ouvert en1975), les installations et champs expérimentaux de l'Institut national de la recherche agronomique (1978), la Maison de l'Ingénieur (signée Michel Rémon, ouverte en 1992), l'Institut de biologie des plantes (conçu par Pierre Bonnaud, inauguré en 1994, rénové et rebaptisé Institut des Sciences des Plantes de Paris-Saclay - IPS2 - en 2015), la Résidence universitaire Émilie du Châtelet (composée de modules à basse consommation énergétique, conçue par Bettina Ballus et Franck Vialet, ouverte en 2012), les chantiers en cours en 2015 du Lieu de Vie et des deux bâtiments de l'École Centrale (fusionnée avec Supélec en 2015). Dans un avenir proche, l'École normale supérieure (ENS) et l'Institut Diversité, Écologie, Évolution du Vivant (IDEEV) apporteront chacun leur propre contribution à cette singularité territoriale et patrimoniale marquée par la conservation de terres agricoles et d'espaces boisés, l'innovation en matière d'architecture, de pédagogie et de relations sociales, et par la volonté d'y fédérer des laboratoires, des établissements d'enseignement, des chercheurs, des étudiants et des habitants d'horizons différents.

Note 6

L'installation des laboratoires du CNRS à Gif (sur le domaine de 64 hectares du Château de Button acheté par l'État en 1946 à la famille Noetzlin) fut pratiquement contemporaine de celle du Centre d'études nucléaires du CEA sur le Plateau de Saclay, dont l'État acheta les terres nécessaires en 1947. Dans les années 1950-60, alors que le sud-est du plateau de Saclay demeurait agricole à l'exception de l'enclave du CEA mise en service en 1952 et du centre de recherche de la CSF à Corbeville (devenue Thomson-CSF en 1968 puis Thalès en 2000), la vallée de l'Yvette desservie par la "Ligne de Sceaux" (plus tard devenue RER B) vit se multiplier les établissements d'étude et d'enseignement scientifiques, principalement sur les communes de Bures et d'Orsay, où l'État acquit en 1954 le Domaine de Launay pour y installer les extensions de la Faculté des Sciences de Paris et - à l'initiative d'Irène Joliot-Curie - y créer de nouveaux laboratoires de physique nucléaire. A la fin des années 1960 la Faculté des Sciences (depuis 1965 indépendante donc dite "d'Orsay"), désormais à l'étroit dans la vallée, escalada le versant nord et commença à installer sur le plateau de Moulon les laboratoires dits "de petite physique" parce qu'ils n'avaient pas recours à de gros équipements.

Ce fut le cas, sur la partie orcéenne de Moulon, dite "du Belvédère" (ou "du Petit plateau"), des laboratoires Aimé Cotton, de l’Institut d’Optique, des Sciences de la Terre..., et sur la partie giffoise, où l'État acheta en 1969 les terres de la Ferme de Moulon pour le compte de l'Éducation nationale qui en mit une dizaine d'hectares à disposition de la Faculté des Sciences de Paris (qui devint en 1971 l'Université Paris-Sud) pour installer en 1971 l'Institut universitaire de technologie (IUT) de Chimie, créé en 1969 mais très à l'étroit dans ses locaux originels en vallée.

Depuis lors, c'est essentiellement sur la partie sud-est du Plateau de Saclay, entre le CEN (à Saclay et Saint-Aubin), Supélec (à Gif), le centre de recherche privé de la CSF (devenue Thalès) à Corbeville et l'École polytechnique (à Palaiseau), que le développement scientifique s'est fixé. Et que le problème des équipements de circulation et de transport s'est posé...

Note 7

L'un des traits particuliers de la micro-société ouverte des Giffois (majoritairement formée, dans les années 1950 et 60, de chercheurs venus s'installer à Gif-sur-Yvette en tant qu'employés du CEA, du CNRS, de la Faculté des Sciences de Paris, et d'autres établissements de recherche et d'enseignement supérieur déconcentrés de Paris) consiste en ce qu'elle adopta une attitude légitimiste de soutien et de fidélité aux élus municipaux déjà en place, dont le maire fut plusieurs fois reconduit par ses concitoyens tant anciens que récents, alors même (ou du fait) que le conseil municipal ne se montrait aucunement conciliant envers les employeurs de ces Néo-Giffois.

En effet, la commune fit tout pour que ses droits et prérogatives soient respectés par ces institutions d'État qui se comportaient en nouveaux seigneurs ou en conquistadores (au point, par exemple, de ne déposer une demande de permis de construire qu'après l'achèvement de l'immeuble concerné). Dans ce bras de fer, la commune de Gif se montra tantôt victime (notamment pour se plaindre auprès du préfet, du sénateur ou du député), et plus souvent outragée et véhémente dans la revendication de ses droits (surtout dans ses rapports directs avec le CEA et le CNRS).

La paix entre les Giffois et leur étonnante capacité à toujours accueillir et intégrer de nouveaux venus se nourrit vraisemblablement de cette expérience, devenue fondement culturel local, de faire front ensemble contre ceux qui - par manque de considération et d'amour pour la commune, son cadre de vie et sa micro-société - menaceraient de l'extérieur d'en déstabiliser les précieux équilibres internes (par exemple entre bourg, hameaux et quartiers, ou entre ville et nature) et d'en dénaturer les traits privilégiés.

Retour à la page d'accueil Haut de page