Chronique 14 - Avril 2016

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 14 - Avril 2016

Ici aussi, c'est Gif : les arbres auront le dernier mot...

Des arbres pour une ville verte...

L'amour des arbres est à Gif une seconde nature, et pour les Giffois l'une des raisons de veiller ensemble au sort de leur territoire(voir note 1). Pour avoir fait des arbres le sujet de son ultime livre en 1930, Juliette Adam fut enfin adoptée comme giffoise de cœur par les Giffois (voir note 2). Et c'est en refusant un lotissement, parce qu'il aurait détruit un morceau de forêt, que notre commune prit en 1927 le chemin qui la conduisit en 1978 au diplôme de Ville verte, et en 2011 à l'intégration dans le Parc naturel régional de la vallée de Chevreuse (voir note 3).

Nous, les Giffois qui aimons les arbres, avons souffert, depuis décembre 2013, de l'abattage sur le Plateau de Saclay, au nom de l'intérêt national, de beaucoup de grands sujets plantés les uns au cours des années 1950, dans l'enceinte du CEN et le long de la 306 (où ils avaient assez grandi pour nous cacher la Tour Eiffel), les autres au cours des années 1970, autour des premiers bâtiments du campus de Moulon.

Un effort a heureusement été fait pour en préserver de nombreux autres, qui enracineront dans le XXe siècle le parc, le jardin, les lisières et les massifs futurs (voir note 4) surtout composés d'arbres nés au IIIe millénaire, ici implantés en grand nombre depuis 2016 (voir note 5).

Finalement, l'édification du quartier de Moulon devrait préserver, à Gif, les bois du rebord du plateau, et laisser ou donner la vie à beaucoup plus d'arbres que la grande culture céréalière n'en avait tolérés près de ses terres radicalement déboisées (voir note 6). Le temps multipliant leur nombre et leur taille, Moulon finirait par participer à la ville verte giffoise (voir note 7).

Certes, ce quartier se différenciera des autres de notre commune par son caractère résolument urbain, la jeunesse de ses bâtiments et de sa population, son objectif de dissuader la circulation automobile (voir note 8), sa participation à un "cluster" d'envergure mondiale…

Mais il apportera aux quartiers historiques de Gif un complément de ressources (voir note 9), un supplément d'image et un surcroît de volonté de rendre la ville verte encore plus durable (voir note 10).

Les arbres de Moulon

Chantiers en cours

L'ENS

Le décapage de la parcelle de la future École normale supérieure s'est poursuivi en mars par la destruction de la partie de l'ancienne Route 128 (maintenant détournée par le Boulevard du même nom) qui la traversait en diagonale. Les réseaux souterrains ont été mis en place entre le Deck (au droit de Digiteo) et la future façade orientale du bâtiment de l'ENS.

Serendicity

Les assises des 5 cylindres intérieurs, et les fondations de deux des trois bâtiments extérieurs ont été coulées. Les façades préfabriquées des rez-de-chaussée et premiers étages des cylindres sont posées.

Centrale Nord

Les façades préfabriquées, en béton de couleur bronze foncé, dessinent maintenant la totalité des différents volumes de l'énorme construction que représente Centrale Nord. Les dalles préfabriquées des toits sont maintenant presque toutes posées. Elles reposent pour l'essentiel sur une structure en poutrelles d'acier dont les impressionnants porte-à-faux constituent l'un des éléments de la signature de l'architecte Rem Koolhas, qui voit le vide comme "peut-être le dernier sujet où les certitudes sont encore plausibles".
 

Centrale Sud

La dalle de rez-de chaussée est maintenant complète et les premiers étages sont en cours d'élévation. Ce bâtiment conçu par les architectes Annette Gigon et Mike Guyer, apparaît déjà complexe et immense : il le sera cependant moins que celui de Centrale Nord (pas de voie intérieure le traversant en diagonale ; 27 300 m2 contre 48 000).
Merci à Mr. Claude Marchand, directeur du Laboratoire de génie électrique et électronique de Paris (GeePs) pour son accueil dans - et sur - son établissement, qui est à la fois le plus proche du chantier de Centrale Sud et l'un des éléments du campus des années 1970 (installé en 1978 il fut jusqu'à maintenant le plus proche du bois de Moulon : ses employés ont souvent vu des chevreuils devant leurs fenêtres).

Des nouvelles des institutions

L'enquête publique sur le métro

Ouverte le 21 mars, l'enquête publique préalable à l'obtention d'une déclaration d'utilité publique de la ligne 18 du métro du Grand Paris s'achèvera le 26 avril. Une réunion publique d'information concernant ce sujet se tiendra à Supélec le 8 avril à 20h.

Pour consulter le dossier d'enquête, déposer un avis en ligne et/ou consulter ceux des autres déposants, visiter le site officiel de la préfecture de Région Île de France.
 

L'EPAPS

Le 24 mars 2016, le Conseil d'administration de l'Établissement public d'aménagement Paris-Saclay a élu à sa présidence Valérie Pécresse (Présidente de la Région Ile-de-France) et a voté son budget annuel (79 millions d'euros).

Notes

Note 1 

La forte participation des Giffois aux élections municipales, aux enquêtes et débats publics, aux journées du patrimoine à Gif, en atteste. Pour eux le cadre de vie arboré de Gif est aussi un mode de vie.

C'est-à-dire qu'à l'aspect procédural de l'utilisation technique de l'arbre dans l'environnement (pour couper les vents et les vues, retenir et évacuer l'humidité, abriter une faune, donner de l'ombre, produire de l'humus, etc.) s'ajoute à Gif une dimension culturelle au moins aussi importante (symbolique de la vie, apaisement des humeurs, facilitation des états propices à la créativité...).

L'enquête municipale sur les beaux arbres de la commune a ainsi tout naturellement mobilisé en 2015 plus de cent Giffois, dont beaucoup de jeunes.

Note 2

En 1882, Juliette Adam (1836-1936) acheta l'ancienne abbaye de Gif. Elle en fit une résidence secondaire où elle vivait le temps des fêtes et des réceptions qu'elle organisait pour ses amis, la plupart étant comme elle des Parisiens célèbres. Pendant la Grande guerre, alors qu'elle était surnommée "Madame la Revanche" pour son engagement anti-allemand, elle fit de l'Abbaye une maison de convalescence pour les Poilus.

Elle prit pendant cette guerre l'habitude de venir à Gif plus souvent et d'y rester de plus en plus longtemps, pour se reposer, écrire, gérer son domaine. En 1919 elle intervînt auprès du maire de Gif pour le sommer d'intervenir contre un projet d'implantation d'usine près de sa propriété. En 1927 elle porta en justice une affaire de mur écroulé qui l'opposa à la commune pendant une dizaine d'années.

Cependant, la "Grand-mère de la patrie", sut se faire aimer de ses voisins et fournisseurs de biens et services giffois, et fit très libéralement l'aumône aux pauvres : elle devînt à Gif "la bonne dame", et la rue qu'elle empruntait entre la Gare et l'Abbaye (il n'existait pas alors de passage au sud de la voie ferrée) fut dénommée officieusement de son nom (ce fut officialisé en 1951).

Le dernier livre de Juliette Adam, "Les arbres", publié en 1930, sans aucun doute le plus intime, lui valut la reconnaissance de tous les Giffois parce qu'elle y parlait de Gif - où elle l'avait écrit - et de ses arbres, en des termes élogieux et simples. L'année suivante, âgée de 95 ans, elle déménagea définitivement chez sa fille à Callian, dans le Var. La "Bonne dame" giffoise, la Parisienne "égérie de la République", native de l'Oise, mourut en Provence en 1936. Elle repose au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Notre commune conserve et expose, dans la salle des cérémonies de l'Hermitage, un grand portrait en pied et un buste en bronze de "La grande Française", légués par ses héritiers : ces deux œuvres y représentent autant Juliette Adam, l'amoureuse des arbres de Gif, que Marianne, la République, qu'elle défendit.

Note 3

Cette intégration est géographiquement partielle puisque de Chevry et Moulon sont exclus. Cependant la commune, entité administrative et collectivité républicaine indivisible, y participe tout entière : elle applique sur tout son territoire la charte du Parc naturel régional.

Les terres que l'État possède à Gif (sur le plateau de Moulon, sur le versant et en vallée avec le parc du CNRS) échappent à la gestion directe que la commune exerce sur les autres parties de son territoire.

C'est pourquoi le décret ministériel de classement de Gif parmi les sites inscrits de la Vallée de Chevreuse, publié en novembre 1973, les exclut de son champ. De même, elles appartiennent au périmètre de l'actuelle Opération d'Intérêt National de Paris-Saclay et sont directement gérée par l'État, en bonne intelligence avec les communes et la communauté d'agglomération concernées. 

Note 4

Les paysagistes impliqués par l'EPAPS (ex-EPPS) ont prévu d'arboriser densément le nouveau quartier avec des plantations dans les noues, le long des voies de circulation, en bordure des immeubles et de l'ensemble du quartier dans les "lisières", ainsi que dans le "Parc central" qui sera aménagé à l'emplacement de l'ancien CESI (Point F.), et dans le "jardin argenté" qui s'étendra entre Centrale Nord, l'IUT et l'IPS2 (ex-IBP).

Dans toute la mesure du possible les arbres anciens sont conservés, ce qui sera notamment le cas en bordure du plateau et dans les zones vertes existantes du hameau de Moulon, de Supélec, de l'ancien Point F., de l'IUT et du GeePs (ex-LGEP). 

Note 5

Les plantations d'élèves nés chez les pépiniéristes locaux, effectuées par leurs soins, ont commencé à la fin de l'année 2015 et se sont multipliées au début 2016 dans les noues des voies de circulation du "Boulevard" (qui remplace localement la route 128) et sur la placette située entre la Maison de l'Ingénieur, le Lieu de Vie en cours d'achèvement et la Résidence universitaire Émilie du Châtelet.

Il s'agit pour l'essentiel de chênes de la même espèce que ceux des bois des versants du plateau de Moulon. 

Note 6

La grande culture céréalière a produit le "paysage de champs ouverts" ("openfield") typique du plateau de Saclay, et constituant à ce titre un patrimoine à préserver dans toute sa pureté : très peu d'arbres et très peu d'hommes.

Les rares espaces "délaissés" en bois sur les moins bonnes terres servaient, outre la production de combustible, de réserves à gibier et de dépôts d'objets et gravats de rebut. Ils servent surtout aujourd'hui à retenir des colonies d'insectes pollinisateurs et à préserver le peu qu'il reste de biodiversité.

Le développement de nouveaux types d'agricultures mieux adaptées aux sujétions climatiques, économiques et culturelles, pourrait conduire les exploitants à opter pour l'agroforesterie, ce qui transformerait l'actuel openfield du plateau de Saclay en un verdoyant bocage arboré.

L'association locale Terre et Cité entreprend d'ailleurs actuellement d'expérimenter la plantation - replantation de haies bocagères sur le plateau de Saclay.

Note 7

Le conditionnel est ici employé pour souligner que la plantation d'arbres n'est qu'un préalable à la naissance puis au maintien en vie d'une ville verte. Il faut en effet un entretien permanent des végétaux et une adaptation constante du bâti et des réseaux (afin de préserver les arbres existants), donc une forte volonté des habitants de créer puis de faire durablement exister leur ville verte.

Car la ville verte a un coût très élevé en termes de dépenses (entretien, plantation, adaptation) et de manque à gagner (il faut renoncer à édifier des étages supplémentaires, à urbaniser des parcelles pourtant situées en ville).

La ville verte suppose donc une culture commune, qui s'apprend lentement par l'expérience plutôt que par la théorie, et qui n'a pas d'autre force que l'amour des habitants pour leur cadre de vie : solide tant qu'elle est résolument voulue, elle peut très vite s'effacer si un autre critère - par exemple la rentabilité économique - devient exclusif ou prioritaire dans la gestion publique et privée.

Note 8

L'étroitesse des voies de circulation, la limitation des vitesses à des niveaux bas, le très faible nombre de places de parking et de stationnement, le grand nombre de croisements aménagés (passages pour piétons, cycles, bus en site propre) et de feux tricolores - il y en a 10 au seul petit rond-point de l'entrée nord-est du quartier ! ), n'auront échappé à personne.

Cependant, une autre politique des mobilités, qui donne la priorité aux transports collectifs (bus-express en site propre, métro attendu), aux modes partagés d'utilisation des automobiles (petites et électriques) et aux circulations "douces" (gyropodes, vélos, piétons) voire innovantes (du type télécabine), est concrètement engagée avec la création de pistes cyclables et de cheminements piétonniers.

Note 9

Les contributions fiscales des nouveaux habitants permanents et des entreprises du futur quartier n'en sont que la part financière. L'essentiel des ressources attendues est constitué d'équipements et de services publics et privés accessibles à tous les Giffois : équipements sportifs, salles de conférences et de spectacles, chambres d'étudiants et logements familiaux, commerces et cabinets libéraux…

Il faut aussi comptabiliser comme ressources supplémentaires les offres d'emplois et de formations, ainsi que l'élargissement des opportunités de rencontres enrichissantes, et aussi le dynamisme qu'apporteront à la commune ses jeunes nouveaux habitants : quand on envisage Moulon comme une chance, la liste s'allonge sans fin des gains que l'on peut en escompter pour soi-même, la collectivité et les générations futures.

Note 10

Depuis 2009 la commune de Gif est engagée dans une politique globale de développement durable qu'elle décline par des actions concrètes (notamment techniques et pédagogiques) dans de tous les secteurs de ses activités. Par exemple, l'imprimeur de ce journal municipal est écologiquement responsable : il applique les normes écologiques les plus pointues.

Le domaine du CNRS, les établissements de recherche installés et attendus à Moulon, comprennent de nombreux laboratoires travaillant directement ou indirectement sur les questions complexes de l'environnement, de l'écologie, de la biologie, de l'agronomie, etc. On peut espérer que leurs chercheurs pourront s'intéresser naturellement (comme leurs prédécesseurs au CNRS de Gif) à leur cadre immédiat d'activité - le plateau de Saclay et ses vallées périphériques - et à son devenir.

Leurs découvertes et expertises constitueront, avec l'expérience des bâtisseurs du campus (soumis à des cahiers des charges particulièrement pointus en matière d'écologie), une ressource pour aider la commune de Gif et tous les Giffois à se mettre partout à la pointe du développement durable pour pérenniser leur ville verte en tant que cadre et mode de vie.

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