Chronique 8 - Octobre 2015

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 8 - Octobre 2015

Le futur Lieu de vie, au ras de la proue de la Maison de l'Ingénieur.

Le lieu de vie : un OVNI ?

Le plus avancé des bâtiments en chantier à Moulon, celui du Lieu de vie, depuis peu délivré de ses échafaudages, préfigure déjà l'aspect achevé qu'il aura dans un an : un vivarium de verre comportant plusieurs étages de plateaux nus reliés par un double escalier intérieur (1). Du fait de ses piliers très fins, de sa transparence quasi intégrale et de sa fonction corporelle mixte - nourriture et exercice musculaire - (inédite dans cette région plutôt cérébrale) (2), ce bâtiment évoque un OVNI en lévitation, en train de se garer entre l'IUT, la Résidence étudiante et la Maison de l'Ingénieur (3)...

Un OVNI ? Oui, mais issu du terroir. Car il répond aux attentes des utilisateurs et habitants de Moulon (qui réclament un lieu convivial depuis plus de 40 ans) (4), ainsi que des élus locaux (qui programmèrent plusieurs fois, au cours des deux dernières décennies, soit un petit centre de services de proximité, soit un terrain de sport au cœur du campus) (5). De plus, ce bâtiment d'à peine 2 000 m2 de surface cumulée (6) convient à l'échelle d'un quartier urbain de taille limitée, et son style minimaliste l'efface au profit de son contenu précieux - les gens du campus - et de son contexte privilégié - les champs et les bois.

L'architecte Gilles Delalex et son agence Muoto (7) ont donc réalisé ici plus que l'hybridation d'une cafétéria, de deux restaurants et de plusieurs espaces sportifs : ils ont créé un pôle de vie sociale ouvert à tous (8), un espace de rencontres fortuites, un trait d'union entre communes construit à Gif en limite d'Orsay, un belvédère urbain sur la campagne, un relais entre les anciens et les futurs utilisateurs et résidents de Moulon (les premiers le rêvèrent, l'accueil des seconds motiva sa construction)... (9)

Ayant appliqué leur art à l'effacement de leur œuvre, pour mieux mettre en lumière les gens et le cadre de vie, ces architectes feront peut-être figure de Martiens. Mais nous, les Giffois, les félicitons d'avoir démontré que tenir compte des attentes locales stimule la créativité (10).

Les chantiers en cours

Le bâtiment nord de l'École Centrale

Derrière les palissades qui l'occultent au regard des curieux (qui ne le serait pas ?), le chantier du bâtiment A (nord) de l'École Centrale de Paris a considérablement avancé. Le second sous-sol est pratiquement achevé, le premier est en cours de construction.

Le réseau des rues

Tracé depuis l'été, le réseau des rues de la partie non encore construite du campus, entre l'ancienne Route 128 et la Rigole de Corbeville, est en cours de finalisation avec l'enfouissement des diverses conduites, réservoirs, dégraisseurs et gaines nécessaires aux futurs immeubles, puis la pose des bordures de trottoirs et les premiers revêtements de chaussée.

La voie du bus express

Sans jamais interrompre plus de quelques minutes le trafic automobile, les constructeurs de la voie réservée au bus express (transport en commun en site propre, ou TCSP) ont réussi à achever l'insertion d'une voie nouvelle, de stations de bus et de pistes cyclables le long des routes reliant la gare de Massy au Christ de Saclay via les futurs quartiers urbains de Polytechnique et de Moulon. Ce chantier a souvent aggravé les habituels bouchons quotidiens du Plateau de Saclay mais son achèvement permettra de soulager les voies automobiles à la fois des bus et des véhicules individuels que les utilisateurs du TCSP laisseront au garage.

Des nouvelles des institutions

La Commission Moulon
Composée de tous les membres du Conseil municipal de Gif, la commission "Aménagement du plateau de Moulon" s'est réunie le 23 septembre pour faire le point sur les chantiers en cours et examiner les projets à venir.

La CAPS

La Communauté d'agglomération du Plateau de Saclay a réuni son Conseil communautaire le 24 septembre.

Événements

Terres en Fête

Organisée par l'Association Terre et Cité, cette réunion d'information et de concertation suivie d'une fête s'est tenue le 30 septembre dans la Ferme de la Commanderie à Saint-Aubin.
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La Fête de la Science

Pilotée par la CAPS, la Fête de la Science se tiendra du 7 au 11 octobre 2015 en différents lieux du campus dont l'École Polytechnique qui ouvrira ses portes au public les 9 et 10 octobre 2015.
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Notes

1 : Gilles Delalex, qui a présenté cette structure non orthodoxe en 2011 au jury de l'EPPS (Établissement public du Plateau de Saclay), parle lui-même d'un "bâtiment conçu comme une étagère, traversé par un grand escalier qui fait le lien entre toutes les offres (de services et d'activités)". On peut en voir la maquette virtuelle et le plan respectivement aux adresses suivantes :


2 : Le Lieu de vie accueillera un restaurant collectif de 800 couverts, un autre de restauration rapide de 200 couverts en complément de la cafétéria sensus stricto, et plusieurs espaces sportifs (musculation, cardio-training, fitness-danse) dont des terrains de sport en terrasse et sur le parvis extérieur. Il est question d'approvisionner les deux restaurants à partir des productions alimentaires locales, selon le concept de "restauration durable". Par ailleurs les espaces intérieurs et extérieurs du bâtiment pourront accueillir d'autres activités et animations collectives, par exemple des assemblées associatives et des manifestations festives. Ce lieu de vie polyvalent, foyer convivial et pôle de socialisation, répond donc parfaitement à la dénomination anglo-saxonne de "Public condenser" ("condensateur social") sous laquelle ses concepteurs le présentent habituellement à la communauté internationale des architectes.

3 : Le Lieu de vie paraît un peu à l'étroit sur une parcelle trop petite pour lui, ce qui donne la fâcheuse impression qu'il bloque la dynamique de la proue de la Maison de l'Ingénieur (conçue par l'architecte Michel Rémon et ouverte en 1992) et qu'il s'approche un peu trop près des rues. En fait, l'EPPS a décidé d'utiliser ce terrain universitaire, située au sud de l'IUT (Institut universitaire de technologie, ouvert en 1971), pour que le nouvel édifice prolonge la Résidence étudiante Émilie du Châtelet (de 200 chambres, ouverte en 2012) dont il constitue un complément fonctionnel indispensable, d'ailleurs géré comme elle par le CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires). L'EPPS souhaitait aussi que ce Lieu de vie (situé sur Gif en limite d'Orsay) fasse pendant au futur "Learning Center" (une bibliothèque polyvalente) programmé juste au nord-est (sur Orsay en limite de Gif) à proximité immédiate de la future station de métro de Moulon. L'architecte Gilles Delalex a adapté son bâtiment à la faible étendue de cette parcelle en construisant en hauteur, et a même si bien relevé le défi de ne pas gaspiller de terrain qu'il a dégagé assez d'espace au sol pour ouvrir une place publique et une terrasse en trottoir. Il a ainsi profité de cette contrainte pour donner à son œuvre la mission supplémentaire de densifier visuellement l'espace local et de lui conférer ainsi un caractère urbain propice à l'émergence (ou condensation) d'une "société des gens du quartier de Moulon" dont l'existence n'est encore que potentielle.

4 : La première cafétéria ouverte à tous sur le plateau de Moulon fut celle du CESI, inauguré en 1973 puis devenu CNEF en 1979. Cet endroit convivial disparut lors de la désaffectation du site en 2010, au grand regret de ses divers utilisateurs, qui perdirent le seul lieu où il avait été possible de prendre une boisson ou un en-cas avec d'autres gens que ceux de son laboratoire, de son école ou de son cycle de formation. En 2010-2011, l'EPPS, après enquête sur les besoins locaux notamment en matière de restauration, lança le nom et l'idée d'un "Lieu de vie" ouvert à tous et organisa une série de concours rassemblant d'abord 80 candidats au premier trimestre 2011, puis 5 sélectionnés en juin et enfin un lauréat, l'équipe de Gilles Delalex et de l'agence Muoto, en novembre 2011. Le projet fut parachevé en 2012, le permis de construire délivré en avril 2013 pour une inauguration prévue en 2014. En fait, le report de l'enquête publique sur le Contrat de développement territorial validé en septembre 2013 (du fait des élections municipales de 2014 conduisant les nouveaux élus à demander sa révision) retarda le chantier, qui commença concrètement à la fin de l'automne 2014 : les fondations furent coulées début décembre, à la date initialement prévue pour la livraison du bâtiment. Entre-temps - et en attente du Lieu de vie - l'IUT inaugura dans son enceinte, en 2012, sa propre cafétéria-restaurant universitaire gérée par le CROUS, sans chercher aucunement à remplir les autres fonctions de condensation sociale et d'animation visées par le futur Lieu de vie.

5 : L'idée de doter le Plateau de Moulon d'un petit pôle de services de proximité (dont un café-restaurant) semble avoir été exprimée dès les premières réunions du SIPS (Syndicat intercommunal du Plateau de Saclay), en 1988-1989. La mention exacte de l'expression "Centre de vie" apparaît officiellement sur la carte du Schéma de secteur approuvé le 29 février 1996 par le DIPS (District intercommunal du Plateau de Saclay, qui a succédé au SIPS en décembre 1991). La localisation de l'équipement correspondait alors à la ZAC (zone d'aménagement concerté) de Moulon - dite aussi "du terrain de rugby" puisque le département avait proposé d'en implanter un sur cette parcelle appartenant à l'Université - couvrant à peine 1,5 hectare à l'est des bâtiments de formation du CNEF et au sud du tout récent IBP (Institut de Biologie des Plantes, actuel IPS2), donc à l'endroit où s'est installé en 2015 le chantier en cours du bâtiment nord de l'École centrale. Le texte d'accompagnement décrivait alors "un petit centre de vie au cœur du secteur de Moulon pour répondre aux besoins actuels de tous ceux qui fréquentent le plateau de Moulon (étudiants, chercheurs, employés, stagiaires et visiteurs) et comprenant les réalisations suivantes : une résidence universitaire de 150 lits gérée par le CROUS, un restaurant universitaire de 300 places, un restaurant pour le personnel de 300 places, 120 logements à caractère temporaire, un hôtel de 40 chambres, des commerces de proximité, des locaux de services (bureaux, salles de réunion), une place publique”. En avril 1999, l'expression "Centre de vie" évolua en "Centre de vie universitaire" (ce qui impliquait une utilisation réservée aux seuls étudiants de l'Université). Ce projet demeura sans suite jusqu'à ce que l'EPPS définisse en 2010-2011 la localisation (à l'est de la précédente, sur une parcelle plus petite) et la fonction (inédite car hybride, et sociale car ouverte à tous et mutualisée) du "Lieu de vie".

6 : Avec une surface cumulée de 1 903 m2 Spc (surface de plancher des constructions), ou de 2 128 m2 Shon (surface hors œuvre nette) le Lieu de vie apparaît de taille modeste, mais - dit son concepteur Gilles Delalex - "il peut contribuer à créer de l’urbanité sur un territoire qui n’est a priori pas une ville. Avec ses activités de sport et de restauration, ses hauteurs sous plafond, etc. il créera une ambiance urbaine qu’on ne retrouve pas d’ordinaire à la campagne ni même d’ailleurs dans tous les campus, loin de là. (...) Même s’il sera vide à certains moments, on saura qu’il peut être plein à d’autres, qu’on peut y rencontrer des gens, de jour comme de nuit. (...) La problématique de Paris Saclay est d’ailleurs peut-être celle-là : il y existe une foule virtuelle de chercheurs et d’étudiants, mais qui ne dispose pas de lieu pour se croiser. Peut-être que le Lieu de vie permettra à cette communauté virtuelle de s’incarner, à travers les temps de restauration et d’activités sportives.” (extraits de l'interview de Gilles Delalex par Sylvain Allemand, publiée par la revue en ligne de l'EPPS "media-paris-saclay" le 25 juillet 2012).

7 : Lauréat du concours d’architectes de l'EPPS en novembre 2011, le "Studio Muoto" (ce mot finnois signifiant "forme") est (selon la page d'accueil de son propre site) "une agence d’architecture basée à Paris, fondée en 2003 par trois partenaires européens : Gilles Delalex (France), Yves Moreau (Belgique / Pays-Bas), et Thomas Wessel-Cessieux (Grande-Bretagne / France). Son activité couvre les champs de la maîtrise d’œuvre, de l’urbanisme, du design et de la recherche." Cette équipe s'est voulue "minimaliste et quasi artisanale" lors de la réhabilitation qui lui a été confiée par le CNRS d'un bâtiment du 19e siècle destiné à servir de siège à sa Délégation régionale à Meudon-Bellevue. On retrouve ce parti pris dans la conception du Lieu de vie de Moulon.

8 : L’Université insiste sur cette fonction sociale mutualisée dans sa revue en ligne de mars 2012 : “Le lieu de vie est voulu comme un lieu emblématique pour l’Université Paris-Saclay. Il met en exergue les valeurs du projet : ouverture à tous les publics, variété des usages d’un même lieu, animation de la vie du campus dans un cadre agréable. Il s’agit d’offrir un lieu de rencontres et de partage entre les différents établissements du campus, ouvert aux étudiants, aux personnels et aux riverains.” La mixité fonctionnelle du Lieu de vie semble s'être imposée d'elle-même, de façon très pragmatique, d'abord aux agents de l'EPPS puis à Gilles Delalex et à son équipe, au fur et à mesure de l'analyse des demandes exprimées par les élus locaux et les différents utilisateurs et habitants actuels du campus de Moulon, et de l'étude prospective des besoins futurs liés à l'installation de nouvelles institutions, entreprises et populations.

9 : La décision de lancer la construction du Lieu de vie, prise par l'EPPS en 2010-2011 s'inscrit dans le projet antérieur, plus global et d'intérêt national, de relancer la réalisation du projet de Cité scientifique (ou "cluster") du Plateau de Saclay. Ce bâtiment modeste par sa taille mais exemplaire par sa conception et par sa forme sera donc le premier à répondre à la volonté de l'État, exprimée à Supélec le 18 janvier 2007 par le Ministre de l'Intérieur et de l’Aménagement du territoire, Nicolas Sarkozy, qui disait : "Je veux que l’endroit où nous sommes aujourd’hui devienne l’un de ceux où une entreprise est prête à dépenser une fortune pour s’installer, l’un de ceux dont rêvent les étudiants du monde entier, l’un de ces lieux qui sont eux-mêmes une référence sur un curriculum vitae. Je crois que ce pôle universitaire de renommée mondiale que l’Europe recherche, est en devenir ici même. Le problème, c’est qu’il est en devenir depuis trente ans et qu’il risque de le rester encore longtemps si la communauté scientifique du plateau de Saclay, les élus du plateau de Saclay, et le Gouvernement ne prennent pas les choses en main au nom d’une vision partagée." Le Lieu de vie sera ainsi, et aussi par lui-même, une illustration supplémentaire de l'un des théorèmes d'Einstein : "Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec la même façon de penser que celle qui les a engendrés”...

10 : Le projet présenté par Gilles Delalex et son équipe du Studio Muoto, déclaré lauréat par le jury d'architectes de l'EPPS en novembre 2011, fut labellisé "Grand Paris" en février 2012 (un seul autre projet de Paris-Saclay, celui du centre de recherche et de développement d'EDF, dans le futur quartier de Polytechnique, a reçu ce label), puis distingué par le prix d'argent de la Holcim Foundation for Sustainable Architecture, remis à Moscou en septembre 2014.
En lui-même, le chantier ouvert à l'automne 2014, confié par l'EPPS à l'entreprise SICRA (du groupe Vinci), mériterait des félicitations pour sa propreté (moquette rouge et brosses pour éviter la boue), pour son ouverture (points de vue et plateformes d'observation accessibles aux visiteurs sur simple demande), et pour son souci de répondre aux curiosités naturelles des gens (hublots dans la palissade de protection, affiches exposant les caractéristiques et les plans du bâtiment en construction).

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