Chronique 13 - Mars 2016

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 13 - Mars 2016

Les loger avec des habitants permanents serait mieux...

Point de vue local, vision humaine...

Alors que Sérendicity, la résidence étudiante d'un millier de lits (voir note 1), pousse devant Supélec, un premier groupe de logements familiaux avec équipements et services se prépare à côté (voir note 2). Gif a beaucoup insisté pour obtenir à Moulon ce rapprochement spatial et temporel des deux types de logements (étudiants et familiaux) car il constitue un moyen pour assurer dès le début à tous les habitants un niveau de dotation en équipements et services égal à celui des autres quartiers giffois (voir note 3).

Il y a 42 ans, le directeur général de Supélec, André Blanc-Lapierre (voir note 4), demanda en dernier recours à la commune de Gif de lui accorder sa caution pour emprunter de quoi construire - dans l'enceinte de l'école alors en chantier - une résidence qui éviterait aux élèves de première année de perdre du temps dans les transports (voir note 5).

Le Conseil municipal du 18 mars 1974 examina sa requête. D'abord unanime (voir note 6), il jugea très regrettable de créer ces logements à Moulon, en plein désert, alors qu'il aurait été préférable de les construire dans un ou plusieurs quartiers de Gif déjà bien équipés, ou dans le "centre urbain d'accompagnement" de La Martinière dont l'État et le SYB (syndicat intercommunal initié par Gif en 1970) discutaient alors le projet (voir note 7). Il se partagea ensuite en deux moitiés, l'une refusant la caution au motif que l'État avait imposé Supélec à Gif sans demander l'avis des Giffois ; l'autre l'accordant pour établir avec l'École et les autres établissements de Moulon des relations de confiance favorables à une coopération bénéfique. Cet avis l'emporta grâce à la voix prépondérante du maire : la caution fut accordée (voir note 8).

Cette prise de responsabilité permit à la commune de recouvrer sa légitimité d'intervention dans les affaires concernant son avenir à Moulon (voir note 9). Et l'expression de ses exigences en matière de développement urbain (mixité, équilibre, qualité) conforta et étendit, jusqu'à maintenant, sa fonction intercommunale d'organisatrice et de modèle (voir note 10). Nous, les Giffois, aurions bien tort de le regretter...

Des humains dans l'archipel des chantiers de Moulon

Découpée en plusieurs chantiers interdits au public reliés par des voies de circulation d'engins lourds, la partie giffoise de Moulon fait figure d'archipel très hostile aux humains.

Cependant, des gens y habitent : des étudiants (notamment dans deux résidences, celle de Supélec et celle du CROUS baptisée Émilie du Châtelet), des agents des établissements de recherche et d'enseignement (logés par exemple dans l'immeuble d'habitation de l'IUT) et, depuis deux ans, des personnels des entreprises travaillant sur les chantiers, installés dans des empilements temporaires de logements transportables par camion. S'ajoutent à ces habitants non-permanents qui se déplacent assez peu dans l'archipel, des utilisateurs journaliers qui ne fréquentent généralement qu'un seul lieu d'étude ou de travail, auquel ils accèdent en marchant un peu depuis les stations de bus ou les parkings de leurs véhicules personnels.

Cependant on rencontre de plus en plus de piétons qui, empruntant les cheminements temporairement réservés à leur usage, vont d'un établissement à l'autre parce que le leur manque d'un service offert par un autre (par exemple l'IUT dont la cafétéria sert beaucoup d'étudiants extérieurs) ou parce que leur formation ou leur emploi a déjà fait l'objet d'une dispersion par mutualisation des équipements (salles de cours, laboratoires).

Ces gens sont les essuyeurs des boues et des embruns terreux de l'archipel des chantiers de Moulon, et aussi les pionniers d'un formidable campus en réseau : ils méritent beaucoup plus de considération qu'ils n'en réclament... 

Chantiers en cours

La voie du bus express

Après un long retard provoqué par un désordre dans l'alimentation électrique des différentes stations, la voie du bus-express en site propre (ligne 91-06), qui devait être ouverte à la circulation en même temps que le boulevard urbain, c'est-à-dire à la mi-février, sera prochainement mise en fonctionnement.

Les mauvaises langues disent que le problème aurait été évité si le même maître d'œuvre - l'EPPS (aujourd'hui EPAPS) - avait été responsable de cette voie puisqu'il était aussi responsable des autres. Or, la Région a imposé le STIF (Syndicat des transporteurs d'Île de France) comme maître d'œuvre de cette seule voie, dont le raccordement au reste ne s'est pas fait sans mal.

La place du Lieu de Vie

De gros travaux d'exhumation des anciens réseaux, maintenant obsolètes, et d'enfouissement des nouveaux (d'eau potable, usée, pluviale, d'électricité, de gaz, d'information) s'achèvent à l'extrémité orientale de la future Place du Lieu de Vie. Celle-ci, commune à la Maison de l'Ingénieur, au Lieu de Vie et au futur Bâtiment d'enseignement de la physique, présentera une surface minérale avec des reliefs servant de bancs et des ouvertures horizontales vitrées permettant de voir les traces archéologiques situées dessous. A cet endroit furent en effet partiellement découvertes au début des années 1990 les ruines d'une ferme gauloise transformée en villa gallo-romaine au deuxième siècle de notre ère. Ce vaste ensemble, fouillé de 1994 à 1998, protégé depuis lors, fut surnommé "Villa de l'Ingénieur" du fait de sa proximité avec la "Maison de l'Ingénieur" de Polytech Paris-Sud dont l'aménagement des abords mit à jour les restes de ses fondations et de son système de chauffage par le sol.

La disparition annoncée de la butte du motocross

Constituée de rebuts des premiers chantiers du campus (dont l'IUT et Supélec), et utilisée comme support d'une piste de motocross, la butte qui enlaidissait comme une verrue ou un nez postiche le centre de la Plaine de Moulon, c'est-à-dire l'un des derniers et exemplaires paysages d'openfield (champs ouverts, un patrimoine hérité de la grande culture céréalière) de la périphérie de Paris, est en cours d'arasement. Son emplacement est en effet celui des "lisières" végétales humides prévues par le paysagiste Michel Desvigne, qui cherche à restituer les données naturelles locales de l'ample dépression humide originelle. Avec les engins modernes, l'arasement de cette butte devrait s'effectuer en très peu de temps. Cependant, ce chantier est fortement ralenti par la présence d'une plante invasive - la renouée du Japon - qu'il faut absolument détruire sur place (ce qui n'est pas chose facile) afin de ne pas contaminer les régions où ces rebuts seront déposés.

Des nouvelles des institutions

La CaPS, puissance économique

La précédente CAPS, qui avait intégré Les Ulis pour ajouter un volet économique à ses ressources scientifiques, manquait cependant encore d'entreprises de production technologique et industrielle. Elle en a trouvé en se mariant avec la CA2E (Communauté d'agglomération Europe Essonne) conduite par Massy. La nouvelle CaPS (Communauté d'agglomération Paris-Saclay), formée le 1er janvier 2016, compte maintenant sur ses 27 communes 23 400 entreprises, dont plusieurs poids lourds mondiaux comme Nokia-Alcatel-Lucent (à Nozay), Sanofi (à Chilly-Mazarin), Safran et Carrefour (à Massy), Danone et EDF (à Palaiseau), Ipsen et Hewlett Packard (sur Courtabœuf), fournissant au total près de 150 000 emplois locaux. La plupart sont installés sur les 55 zones d’activités économiques directement gérées par la CaPS (dont Courtabœuf, aux Ulis, Villebon et Villejust, en cours de modernisation) et dans son "incubateur - pépinière - hôtel d'entreprises" (IPHE) appelé à s'étendre pour accueillir jusqu'à 250 jeunes entreprises dans le quartier de l'École polytechnique.

Notes

Note 1 

Déjà présentée dans cette Chronique en février 2016, la résidence Sérendicity constitue le seul ensemble en construction à Moulon qui intègre un bâtiment existant, ouvert en 2004 par Supélec pour accroître sa capacité à loger ses étudiants. Cette intégration bouscule le plan d'ensemble qui associe un quadrilatère (en façade des rues périphériques), délimitant un parc arboré intérieur sur lequel sont disposés cinq bâtiments cylindriques. Ceux-ci présenteront deux autres caractéristiques originales : ils seront construits à partir d'éléments préfabriqués, dont des façades courbes et des salles de bain tout équipées; et leur décoration extérieure (sur le thème des muses) sera réalisée grâce à une technique d'impression en 3 dimensions. L'ensemble comportera 900 logements pour 1082 lits, répartis en 564 chambres simples, 1 logement pour le gardien, 210 chambres groupées par 12 ou 16 autour d'un salon commun, 125 appartements en colocation (67 pour 2 étudiants, 58 pour 3), un parking automobile souterrain de 169 places, plusieurs parkings à vélos, une agora, une salle de projection, un "numlab" (atelier informatique). Cette résidence à caractère social sera ouverte aux étudiants de tous les établissements de l'Université Paris-Saclay et sa gestion en relation avec celle des autres ensembles de logements pour étudiants permettra à ses usagers d'en changer au gré de l'évolution de leurs besoins.

Note 2

Au nord de Sérendicity et à l'ouest de la future ENS (École normale supérieure), sera réalisé d'ici 2018-19 un programme mixte réunissant dans un ensemble d'immeubles collectifs de type urbain environ 940 logements familiaux dont 150 sociaux, une résidence étudiante à caractère social d'un peu plus de 350 logements pour plus de 400 lits, ainsi que des commerces et des services publics et privés dont une crêche, un centre administratif puis un groupe scolaire.

Dans l'enceinte actuelle de Supélec, au sud de Sérendicity et à l'est du hameau de Moulon, sera simultanément construite une résidence privée pour étudiants de près de 150 chambres individuelles et appartements en colocation offrant au total un peu plus de 200 lits.

Note 3

Le principe d'égalité d'accès des habitants des différents quartiers de Gif aux équipements et services se décline en termes de quantité et de qualité et permet de préserver à notre commune son caractère de fédération de hameaux ou de villages égaux. Sans ce principe, Gif aurait depuis longtemps tourné (et tournerait vite) en une hiérarchie de quartiers peu sensibles à l'intérêt de constituer un ensemble communal.

L'idée est donc que Moulon dispose d'une même quantité et qualité d'équipements et services publics et privés que les autres quartiers de Gif. Plus généralement, le quartier urbain de Moulon ressemblera par de nombreux traits (dont la densité des constructions, la répartition des types de logements, la hauteur des bâtiments) aux autres ensembles d'immeubles collectifs de Gif (résidences de l'Abbaye, des Quinconces, du Hameau de Courcelle, du Cœur de ville de Chevry, du "Village" et du Val Fleury dans le Bourg de Gif...) et leur qualité sera au moins égale.

Les Giffois attendent donc des architectes qui travailleront à Moulon au moins autant qu'ils ont obtenu de François Prieur (auteur du premier plan d'urbanisme de Gif, initiateur du Parc naturel de la vallée de Chevreuse, concepteur de la Résidence de l'Abbaye), d'Alain Cornet-Vernet (architecte du Centre cultuel et du Cœur de ville de Chevry), de Jean Ginsberg (concepteur de la Résidence du Hameau de Courcelle), de Robert Joly (qui inscrivit très discrètement sa maison, intérieurement de style "brutaliste" hypermoderne, dans le vieux centre de Gif, en face de la mairie), de Marc Held (inventeur de la Maison de l'utopie posée sur pilotis dans le marais de Coupières), de Michel Longuet (qui donna à Supélec une allure de paquebot accosté au plateau de Moulon), de l'équipe pluridisciplinaire d'Alain Lemétais (qui conçut le Point F. encore dit CNEF) ou de Michel Rémon (qui signa la Maison de l'ingénieur).

Habitués à ce niveau de qualité, les Giffois n'accepteraient sans doute pas que Moulon et ses habitants soient empêchés d'être et de se sentir giffois du fait d'une qualité insuffisante de leur cadre de vie. À ce titre, des réalisations à la va-vite et à l'économie faisant du quartier nouveau un concours Lépine cacophonique et bariolé d'immeubles disparates supposés modernes, comme on en voit n'importe où en périphérie des métropoles, ne sauraient convenir puisqu'elles interdiraient que Moulon soit, comme les autres quartiers de Gif, un cadre et un milieu où l'on choisisse de vivre par envie et non par obligation. 

Note 4

André Blanc-Lapierre (1915-2001) fut élève de l'ENS de 1934 à 1938, agrégé de physique en 1938, docteur en physique en 1944 puis en mathématiques en 1945, chercheur à l'ENS où il fut considéré comme le fondateur de l'école française de traitement du signal, directeur de l'Institut d'études nucléaires d'Alger de 1956 à 1961, directeur du Laboratoire de l'accélérateur linéaire d'Orsay de 1961 à 1969, président du Comité consultatif de la recherche scientifique et technique de 1963 à 1965, directeur général de Supélec de 1969 à 1978, élu à l'Académie des sciences en 1970, membre de l'Académie pontificale à partir de 1978, président de l'Académie des sciences en 1985 et 1986, président du Conseil supérieur de la sûreté et de l'information nucléaires de 1987 à 1990...

Son nom demeure attaché à celui d'un prestigieux prix national attribué annuellement aux jeunes talents de la recherche par la SEE (Société de l'électricité, de l'électronique et des technologies de l'information et de la communication).

Note 5

André Blanc-Lapierre avait reçu de l'État une réponse négative à sa demande de financement ou de caution. La petite histoire dit que c'est le comité des élèves qui lui souffla de s'adresser à la mairie de Gif (commune d'implantation) pour cautionner l'emprunt destiné au financement de l'opération.

En réalité, André Blanc-Lapierre avait déjà connu cette situation en 1972 lors de la création de l'établissement Supélec de Rennes. Depuis cette époque, la commune de Gif donna plusieurs fois sa caution - le plus récemment en 2015 - pour permettre la réalisation (et la modernisation) de résidences sociales pour étudiants sur son territoire. Elle en fut plusieurs fois remerciée par les associations locales d'étudiants.

Note 6

Le conseil municipal qui siégeait à cette époque fait figure d'exception dans l'histoire de la commune de Gif par la grande faiblesse de sa majorité. Il était issu des élections de mars 1971 qui avaient vu les forces de gauche commencer à s'unifier en intégrant les premiers écologistes et celles de droite commencer à se fractionner entre conservateurs ou "gaullistes" et libéraux ou "giscardiens".

À Gif, le conseil municipal formé par panachage (pour l'avant-dernière fois) était habituellement très peu politisé (un chercheur du CNRS fut ainsi sollicité simultanément par les deux camps en lice en 1971).

Cependant, le maire sortant Robert Trimbach, était depuis peu fortement contesté pour accueillir trop bien (selon les uns) ou pas assez bien (selon les autres) le "nouveau village" de Chevry. Il ne fut réélu maire que par trois voix d'avance (sur 23), dont la sienne, sur son principal opposant, Robert Joly, militant du Parti communiste français (où il est chargé des questions d'urbanisme, de cadre de vie et d'environnement), qui avait rassemblé autour de lui les opposants de tout poil au maire sortant (dont des centristes libéraux de droite et de gauche) et qui récolta les suffrages de 10 conseillers (lui compris).

Note 7

L'unanimité lors d'un vote au conseil municipal n'est pas exceptionnelle à Gif. Elle témoigne d'un principe fondateur de la vie politique locale, qui n'a encore jamais été durablement remis en question dans notre commune, consistant à rechercher le consensus plutôt qu'à cultiver le dissensus.

Dans le cas du vote du 18 mars 1974, l'un des facteurs de l'unanimité fut l'envie irrépressible de tous les élus des Giffois de dire leur ressentiment face à un État qui ne tenait aucun compte de leurs avis depuis la Libération.

Ils ne ratèrent pas l'occasion qui leur était offerte de faire valoir une fois de plus des arguments irréfutables : rien n'avait été prévu par le Ministère de l'Éducation nationale pour loger les étudiants sur le plateau de Saclay ou pour dégager ailleurs que dans l'enceinte de Supélec - éloignée de tout - un terrain à faible prix pour y faire construire par un bailleur social une résidence étudiante, alors même que les élus locaux, regroupés au sein du SYB (Syndicat Yvette-Bièvre) envisageaient au même moment la possibilité de créer sur le site de la Martinière - appartenant au Ministère de la Défense - un petit " centre urbain d'accompagnement ", doté d'un minimum d'équipements et de services publics et privés, où auraient été logés les personnels et les élèves des établissements du campus de Moulon. 

Note 8

Face au refus de l'État d'associer les communes à la conception d'un “ensemble scientifique et universitaire“ sur le plateau de Saclay, les maires de Bièvres et de Saclay, à l'initiative de celui de Gif, lancèrent en 1969 l'idée d'un syndicat intercommunal chargé de contrôler les initiatives locales de l'État et de lui proposer des amendements et alternatives.

Ce syndicat, ouvert à toutes les communes intéressées, fut officiellement constitué en mars 1970, sous le nom complet de “Syndicat intercommunal d’étude de l’aménagement du plateau de Saclay et des communes des vallées de l’Yvette et de la Bièvre” (il fut vite plus connu sous le sigle "SYB" tiré de son nom résumé "Syndicat Yvette-Bièvre").

À ses communes fondatrices (Bièvres, Bures, Gif, Igny, Orsay, Palaiseau, Saclay, Saint-Aubin, Vauhallan, Verrières, Villebon et Villiers-le-Bâcle) s'ajoutèrent Châteaufort (en mai 1970), Palaiseau et Jouy-en-Josas (en septembre et octobre 1971), puis Les Ulis (en février 1978). Sa première tâche fut de proposer à l'État dès 1970 de constituer une Zone d'aménagement concerté (ZAC) sur le domaine du Ministère de la Défense à la Martinière pour y rassembler un petit "centre urbain d'accompagnement" du campus de Moulon inscrit par l'État dans le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme depuis mars 1968.

À l'époque, ce petit centre urbain constitué de logements et de services destinés aux seuls employés et utilisateurs du campus en projet, était conçu pour rassembler 7 000 logements, soit tout juste assez pour inciter l'État à renoncer à son projet de ville nouvelle, ce qu'il fit en 1972.

Ce nombre évolua ensuite à la baisse en s'adaptant aux besoins réels des établissements d'enseignement et de recherche qui s'implantaient effectivement sur le plateau : au moment de la création de la ZAC, en 1973, les communes ne parlaient plus que de 5 000 logements. En 1977, au moment de l'abandon par l'État du projet de La Martinière, il n'était plus question pour les maires du SYB que d'en construire 3 500 en y incluant les chambres des résidences étudiantes et les projets de construction déjà établis par la commune de Palaiseau sur sa partie du Plateau de Saclay.

Note 9

Le recours à la voix prépondérante du maire, rarissime à Gif, révèle non seulement la faiblesse numérique de la majorité du conseil municipal issu des élections de mars 1971, qui n'avait que trois voix d'avance sur 23 (13 élus dans le camp du maire, 10 dans celui de son principal opposant), mais aussi son caractère fluctuant puisque lors de ce vote de mars 1974 le camp du maire recueillit 11 voix (deux conseillers de ce camp votèrent pour l'autre) alors que celui de l'opposition en réunissait 11 (il en aurait réuni 12 - donc la majorité - si un conseiller de ce camp ne s'était pas abstenu ou si le conseil avait satisfait la demande de cet abstentionniste, formulée après le vote, de transformer son abstention en vote d'opposition).

Le cautionnement par la commune de l'emprunt permettant la construction de la première résidence étudiante de Supélec par un bailleur social (la société de HLM Codelog) fut donc voté d'extrême justesse. Cependant, cette décision fut confirmée dès le mois de décembre par la formation d'une majorité dépassant les 13 voix du camp du maire lors du vote d'une extension de la caution du fait d'une augmentation des coûts de cette résidence.

Et depuis lors, le pli fut pris : les deux autres parties de la résidence Supélec furent ouvertes en 1994 et 2004 par le même biais d'une caution de Gif ; le premier complexe sportif de Moulon, construit et agrandi entre 1977 et 1983, fut mutualisé entre Supélec, le Comité d'entreprise du CEA et la commune de Gif qui se chargea de diriger sa construction ; depuis lors la commune accorde volontiers sa caution pour des logements étudiants sur son territoire : ce fut encore le cas en 2015.

Les bonnes relations nées de ces accords se traduisent depuis 40 ans par des échanges multiples, dont des manifestations culturelles ouvertes aux Giffois dans les locaux de Supélec, et des aides scolaires aux élèves de Gif par les étudiants de l'École.

Plus généralement, elles font de notre commune un interlocuteur privilégié des établissements du campus, donc un acteur légitime de son devenir. Sans doute faut-il voir dans ce trait l'influence de la présence très majoritaire d'anciens étudiants parmi les Giffois (et encore plus parmi leurs élus) donc une capacité certaine à comprendre les utilisateurs du campus et à vouloir pour lui et pour eux le meilleur développement possible. Robert Trimbach, par exemple, lui-même issu de l'École centrale et de l'Institut d'études politiques de Paris, était membre des Amis de l’Institut des Hautes Études Scientifiques et professait une admiration profonde pour la Cité universitaire internationale du Boulevard Jourdan à Paris, ainsi qu'un grand intérêt pour la petite ville nouvelle universitaire belge de Louvain-la-Neuve, qu'il fit d'ailleurs visiter à ses collègues du District du plateau de Saclay.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'il ait collaboré avec André Blanc-Lapierre pour aider les étudiants de Supélec à réussir leurs études à Moulon : c'était déjà inscrit dans les gènes de Gif. Mais l'enjeu était aussi de réussir à faire de ces étudiants des Giffois, ainsi que ce maire le déclarait au conseil municipal du 19 octobre 1993 :

Pour ce qui concerne Gif, il est triste de penser que quelque 3 500 étudiants et chercheurs qui vivent un peu et qui travaillent beaucoup dans la plaine de Moulon - qui est giffoise - n'ont aucun moyen de vie convenable dans un site inhospitalier. Ils ne savent même pas qu'ils sont Giffois et les Giffois ignorent souvent eux-mêmes qu'ils existent..."

Note 10

Le rôle de locomotive tenu par Gif depuis plus d'un demi-siècle en matière de coopération intercommunale sur le plateau de Saclay, alors que son territoire s'y étend sur à peine 160 hectares, paraît paradoxal. Cependant, l'implantation du CNRS, du centre d'accueil et des logements du CEA, puis de l'IUT, de Supélec, de l'INRA, du CESI, sur son territoire en vallée et à Moulon lui ont très tôt donné une expérience si diverse et complète, émaillée de mémorables passes d'armes contre l'État et d'exemplaires mains tendues aux établissements et à leurs employés et utilisateurs, que la commune de Gif, incarnée par son maire (Arthur Levasseur jusqu'en 1955, Robert Trimbach jusqu'en 2001 et Michel Bournat depuis lors), est apparue très tôt comme experte en matière de relations avec l'État et avec les nouveaux établissements implantés par lui, ainsi qu'en matière de recours à l'intercommunalité pour faire entendre au autorités supérieures les attentes et propositions locales.

Que le Syndicat Gif-Saclay-Orsay de 1947, le SYB de 1970, le Syndicat du Plateau de Saclay (SIPS) de 1988, le District du Plateau de Saclay (DIPS) de 1991, la Communauté d'agglomération du Plateau de Saclay (CAPS) de 2002 et enfin l'actuelle Communauté Paris-Saclay fondée le 1er janvier 2016, aient été successivement présidés par ces trois maires alors que leur objet concerne le plateau de Saclay, atteste qu'à Gif la politique intérieure consiste aussi - et parfois surtout - à mener une politique extérieure très active pour rassembler des alliés. N'est-ce pas là une nécessité vitale pour toute communauté humaine ouverte ?

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