Chronique 3 - Mars 2015

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay est en train de se transformer physiquement. Premières impressions...

Chronique 3 - Mars 2015

Le voici donc, ce sol, ce limon, ce trésor ! Mis à nu, débarrassé de la friche sous laquelle il échappa à près de 50 ans d'exploitation, reposé. On dirait un nappage de caramel (mou en cette saison) : une pâte sans aucun caillou, très fertile, qui tapisse tout le plateau de Saclay et en fait une terre céréalière si productive que l'urbanisation parisienne n'a jamais pu s'en emparer. Ou seulement sous la forme de centres de recherche et d'enseignement, presque tous installés sur les bordures, où l'érosion et le lessivage - intenses près des vallées - ont appauvri le limon, par exemple à Moulon.

Un drainage efficace, obtenu il y a trois siècles grâce aux rigoles d'alimentation en eau du parc de Versailles, lança l'exploitation intensive de ce sol. Les industries des engrais chimiques nées de la Première Guerre mondiale, puis celles des produits phytosanitaires, après la Seconde, permirent d'aller au-delà de ses capacités naturelles. Dans la course aux rendements, les céréaliculteurs du plateau restèrent ainsi aux premiers rangs mondiaux. Mais l'irremplaçable limon, en partie vidé de ses propres composants fertiles, devenait un banal support pour sol... artificiel !

Depuis un quart de siècle l'agro-industrie a réduit son impact sur les qualités naturelles du sol et concentré ses activités sur les terres les mieux dotées en limon, au centre du plateau, où s'étend l'essentiel de l'espace agricole protégé par la loi de 2010. Sur les bordures se sont développées des méthodes plus naturelles, moins dommageables au limon. La CAPS, qui œuvre au maintien de l'agriculture sur le plateau, soutient les productions "bio" et les circuits courts, et se préoccupe de la revitalisation des sols en mauvaise santé.

Nous - les Giffois - ne possédons à Moulon qu'une infime partie du secteur central protégé. Mais notre territoire ouvre largement sur lui. Et tant que le limon fera vivre des agriculteurs, nous profiterons des paysages de la campagne, de ses rythmes et de produits frais locaux.

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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vues du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).
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    Vue du limon mis à nu au sud de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes).

Les chantiers en cours

Sur le secteur de Polytechnique

  • Construction des bâtiments du pôle EDF ("EDF Lab R&D" et "EDF Lab Campus") ;
     
  • poursuite des terrassements du lac ;
     
  • avancement de la voie du TCSP (Transport en Commun en Site Propre : le bus sur voie réservée).
     
     

Sur le secteur de Moulon

  • achèvement de la démolition des bâtiments d'habitation du CNEF (futur bâtiment sud de l'École Centrale) ;
     
  • achèvement de la démolition sélective des bâtiments d'enseignement du CNEF (futur parc urbain central) ;
     
  • décapage de la parcelle du futur bâtiment nord de l'École Centrale ;
     
  • construction du rez-de-chaussée du futur "Lieu de vie" devant la "Maison de l'Ingénieur" (merci au chef de chantier de nous y avoir accueilli pour quelques photos).
     
     

La vie des institutions

 Les établissements scientifiques

  • L'Université Paris-Saclay est officiellement née le 1er janvier 2015 ;
     
  • L'IBP (Institut de Biologie des Plantes) se dénomme désormais "Institut des Sciences des Plantes de Paris-Saclay" ;
  • Le LGEP (Laboratoire de Génie Electrique de Paris) prend le sigle et le nom de "GeePs" (Laboratoire Génie électrique et électronique de Paris). Merci à son Directeur Frédéric Bouillault, Professeur à l'Université Paris Sud, pour ses informations sur l'histoire de cet établissement ;
     

Les institutions

  • La CAPS (Communauté d'Agglomération du Plateau de Saclay) a rendu public son projet de fusionner d'ici janvier 2016 avec la CAEE (ou CA2E, Communauté d'Agglomération Europe Essonne, groupée autour de Massy) ;
     
  • Le Sénat a relancé la dynamique de la Métropole du Grand Paris en reportant de 2016 à 2021 plusieurs échéances difficiles à tenir ;
     
  • La première réunion en 2015 de la Commission municipale de Gif consacrée à l'Aménagement du Plateau de Moulon s'est tenue devant les plus récentes maquettes, le 2 février au siège de l'EPPS (Établissement Public du Plateau de Saclay) à Orsay.
     
  • Le Conseil municipal de Gif de février 2015 a adopté la dénomination des rues du futur quartier urbain de Moulon dans sa partie giffoise en s'inspirant des propositions faites par les Giffois depuis la consultation d'octobre 2014 (par le canal de Gif infos) et en tenant compte des avis de l'EPPS et des institutions de recherche installées dans ce secteur.

Notes

1 : Sur cette parcelle  - ici photographiée - s'élèvera bientôt le bâtiment A (ou nord) de l'École Centrale.
Le terrain était couvert - depuis l'acquisition des terres de la ferme de Moulon par l'État en 1969 - d'une friche broussailleuse (à l'ouest, donc à gauche sur la photo, en face de la serre, laquelle exige l'absence d'arbre au sud afin de ne pas lui faire d'ombre) et d'un petit bois (à l'est) planté pour abriter du vent le bâtiment sud de l'IUT (construit en 1970 plus loin à droite).
Aujourd'hui gérée par l'EPPS dans le cadre de la ZAC de Moulon (330 hectares sur 3 communes : Gif, Orsay, Saint-Aubin), cette parcelle d'environ 3 hectares avait été constituée en ZAC par la commune de Gif en 1991. Cette petite ZAC fut relancée en 1998, en 2000 et indiquée dans le PLU (Plan Local d'Urbanisme) de 2006, mais chaque fois sans aucune suite. L'objet de cette ZAC un peu "serpent de mer", aussi souhaitée par le SIPS (Syndicat intercommunal du Plateau de Saclay) puis par le DIPS (District du Plateau de Saclay, ancêtre de la CAPS), était de créer un petit "centre de vie" constitué d'un minimum de commerces et services de proximité destinés aux étudiants, enseignants, chercheurs et techniciens des établissements des alentours immédiats. Bien que jamais aboutie, cette "première" ZAC de Moulon aura eu pour effet bénéfique de réserver un espace libre assez vaste pour accueillir bientôt, au centre du futur "quartier urbain de Moulon", l'un des deux bâtiments (le nord) de la très prestigieuse École Centrale qui accroîtra l'attrait et le renom de cette partie du territoire de Gif et du Plateau de Saclay.

2 : Le long bâtiment barrant l'horizon, au nord de cette parcelle  - ici photographiée - mise à nue, est celui de l'IBP (Institut de Biologie des Plantes, ex-Institut de Biotechnologie des Plantes) dont l'arasement de la friche et du petit bois révèle toute la façade sud, en fait arrière, qui était jusqu'alors partiellement cachée par la végétation.
Construit sur les plans de l'architecte Pierre Bonnaud, en 1994, il y a donc 21 ans, l'IBP paraît encore très jeune avec ses teintes aériennes et les reflets des vitres de sa grande serre (1 000 m2). Il l'est d'autant plus qu'il vient de mutualiser ses ressources avec de nouveaux établissements dans le cadre de la toute récente Université Paris-Saclay. D'ailleurs il se nomme dorénavant "Institut des Sciences des Plantes de Paris-Saclay".

3 : Ce limon fertile dit "limon des plateaux" ou "lœss" n'est pas un sol, au sens strict, mais une roche sédimentaire constituée d'éléments fins mobilisés et transportés sélectivement (en fonction  de leur granulométrie) par le vent. Le lœss du Plateau de Saclay, accumulé sur une épaisseur localement supérieure à 1 mètre,  ne présente pas de concrétions intérieures (ailleurs dites "poupées"). En s'asséchant, il forme des blocs qui se réduisent en billes puis en grains. En s'humidifiant il devient de plus en plus mou. L'origine du lœss est assez surprenante pour nous qui allons vers un réchauffement climatique général donc vers une remontée du niveau moyen des mers. En effet, la poudre fine dont il est fait sur le Plateau de Saclay provient d'un fond marin asséché, dans la région de l'actuelle Manche / Mer-du Nord,  par la baisse du niveau marin pendant les récentes glaciations (la dernière il y a de 25 000 à 13 000 ans). Le vent, alors fort et régulier à proximité de la calotte glaciaire (descendue très au sud) en a soulevé les particules les plus fines, les a transportées jusqu'ici puis déposées en perdant de sa puissance.
Ce phénomène et son résultat, le lœss, ne sont pas particuliers à notre plateau : les plus épaisses et vastes accumulations de lœss sont chinoises, et c'est d'Allemagne que vient son nom populaire de lœss retenu par les scientifiques pour le désigner partout précisément.

4 : Seul le CEA (ex-Commissariat à l'Énergie Atomique, aujourd'hui Commissariat aux Énergies Alternatives) s'est implanté dans la zone centrale du plateau, loin des habitations, pour des raisons de sécurité.

5 : Enclin à former sous la pluie des flaques, marécages et autres bourbiers, le lœss n'a très longtemps été exploité que sur ses parties naturellement drainées, assez élevées ou à proximité du réseau hydrographique périphérique, donc essentiellement sur les points hauts et les bordures érodées du plateau de Saclay. Le drainage efficace réalisé à la fin du 17e par l'ingénieur Thomas Gobert pour alimenter les Grandes eaux de Versailles permit dès le début du 18e le développement d'une agriculture spécialisée dans la production de céréales, d'abord associée à l'élevage (source d'engrais naturel), puis de plus en plus indépendante (ne laissant que des chaumes aux troupeaux itinérants de moutons). Dès le 18e siècle, les contrats d'affermage mentionnèrent l'obligation faite par le propriétaire au fermier d'amender régulièrement la terre par marnage : pour compenser l'appauvrissement du limon du fait de sa décalcification par les céréales cultivées trop intensivement, un épandage de marne, une roche friable riche en calcaire, est pratiqué dès que nécessaire. Dans les années 1920 arrivèrent en très grandes quantités, sur le marché, les produits de la reconversion des usines d'explosifs de la Première Guerre mondiale : il s'agissait d'engrais chimiques qui permirent d'exploiter la fertilité du lœss bien au-delà de ses capacités naturelles. Après la Seconde Guerre mondiale, les produits phytosanitaires devinrent aussi indispensables que les engrais, la sélection des semences ou la mécanisation. Leur emploi massif menaça la vie même du sol. Aujourd'hui, les dosages en fertilisants chimiques et pesticides (dont les herbicides) sont strictement mesurés (économie de production et normes de qualité des produits obligent) et l'on recourt sur le Plateau de Saclay - même dans les exploitations céréalières à hauts rendements - à des techniques naturelles complémentaires comme l'épandage de compost (notamment celui que produit la station de traitement des déchets verts de la ferme de La Martinière à Saclay).

6 : La loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris a inscrit dans son article 35 la protection de 2 300 ha de terres agricoles du Plateau de Saclay. L'EPPS chargé de définir la zone protégée a proposé une délimitation soumise à enquête publique au printemps 2012. Le décret n°2013-1298 du 27 décembre 2013 a en conséquence institué une Zone de Protection Naturelle, Agricole et Forestière (ZPNAF) dont la superficie s'étend au total, selon un décompte précis, sur 2 469 hectares.  

7 : La CAPS (Communauté d'Agglomération du Plateau de Saclay) soutient le maintien de l'agriculture sur le Plateau de Saclay et s'intéresse particulièrement à celles qui affirment une tendance écologique et/ou sociale, donc aux productions "bio", aux AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne), aux exploitations employant des personnes en situation d'exclusion. Elle a engagé des partenariats par exemple avec les associations locales "Terre et Cité - Pays de Saclay" et  "Les Jardins de Cocagne de Limon". Elle a aussi noué des relations avec Gilles Clément, l'un des meilleurs spécialistes nationaux (mondialement connu) de la revitalisation naturelle et progressive des sols épuisés ou tués par  surexploitation et/ou pollution.  

9 : La limite nord du territoire communal de Gif (au contact du territoire de  Saclay) est calée sur toute sa longueur, soit 1,3 kilomètre, sur la Rigole de l'État, dite de Corbeville. Seule une petite partie de l'angle nord-ouest du territoire de Gif sur le Plateau de Saclay appartient à la Zone de Protection Naturelle Agricole et Forestière qui sanctuarise essentiellement les terres agricoles du secteur central du plateau. Dans ce petit angle s'installeront notamment des micro-parcelles de cultures expérimentales qui dépendront du futur IDEEV (Institut Diversité, Écologie, Évolution du Vivant). Le paysagiste en chef du projet Paris-Saclay, Michel Desvigne, a prévu de traiter en "lisière végétale" tout le contact entre le quartier urbain de Moulon et la zone agricole protégée.

10 : Les vastes horizons de la campagne ouverte actuelle (un paysage d'openfield) résultent d'un système d'exploitation mécanisé, adapté à un climat tempéré où les vents et autres caractères météorologiques ne sont jamais longtemps excessifs. Le réchauffement climatique en cours pourrait conduire les futurs agriculteurs du Plateau de Saclay à se prémunir du risque déjà expérimenté de conditions météorologiques ultra-violentes ou trop longuement excessives (donc préjudiciables à leurs activités) en développant par exemple un bocage dont les haies arborées multiples préviendraient et répareraient un peu les excès des cieux. Par ailleurs, une agriculture plus naturelle, moins dommageable pour le sol, est envisageable en complantation (coexistence de cultures, d'arbres et, éventuellement, d'élevages) c'est-à-dire en langage technique actuel "en agroforesterie". Une révolution culturale s'accompagnerait alors d'une révolution paysagère, à son tour susceptible de traduire et de susciter une révolution culturelle promouvant, au-delà la mixité simultanée des productions agricoles, une mixité sociale et paysagère entre les nouveaux types de campagnes et de villes. Dans ces deux cas, adieu les vastes horizons au nord de Gif ! Et vive le retour des arbres dans la ville aussi bien que dans la campagne !

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