Chronique 5 - Mai 2015

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 5 - Mai 2015

Le Grand canal de Moulon ? Non, une noue bien pleine...

Histoires d'eaux

Cette fosse, ou noue, temporairement pleine d'eau de pluie, le long de la voie du bus express (1), rappelle que le premier problème de l'aménagement du plateau de Saclay, et de ses relations avec les vallées périphériques, est l'évacuation de ses eaux.

Couvert d'un limon peu perméable, ce lieu presque plat retient naturellement les eaux de pluie, qui stagnent en marécages et, lors des débordements, ruissellent, engorgent les rivières périphériques et provoquent des inondations (2).

Louis XIV modifia ce mécanisme naturel à la fin du 17e siècle en faisant drainer le plateau pour alimenter ses jeux d'eau à Versailles (3). Les marécages disparurent au profit d'étangs régulés, de nouvelles terres furent mises en culture, les inondations dans les vallées devinrent moins fréquentes.

Après la Seconde guerre mondiale, l'eau des étangs de Saclay constitua l'un des facteurs de l'installation du CEA et du Centre d'essai des propulseurs (4), donc de la naissance de la "vocation scientifique" du plateau. Cependant, le réseau royal de drainage avait perdu de son efficacité, faute d'entretien et d'extension au même rythme que les surfaces rendues imperméables par les routes et bâtiments divers. Les communes concernées formèrent des syndicats chargés de le remettre en état et de conduire l'aménagement hydraulique des vallées (5) afin d'y réduire le risque d'inondation.

À partir des années 1960, l'État envisagea à plusieurs reprises d'édifier une ville-nouvelle sur le plateau mais ne s'y décida pas (6). Les communes concernées, de mieux en mieux organisées, lui proposèrent en 1994 de revoir son rêve en fonction de deux de leurs attentes : qu'il s'agisse d'une petite cité et qu'elle ne rejette aucune eau vers l'extérieur (7).

Nous - les Giffois - approuvons que l'État ait manifestement inscrit ces attentes locales dans l'actuel projet d'intérêt national Paris-Saclay (8), et que l'EPPS applique dès le début des chantiers, comme ici à Moulon, le principe d'une gestion locale des eaux en prévention du risque d'inondation (9).

Les chantiers en cours

Le "Lieu de vie"

Le "Lieu de vie" situé entre la "Maison de l'Ingénieur" (Polytech Paris-Sud) et l'IUT, sur le territoire de Gif en limite de celui d'Orsay, a gagné un nouvel étage. On commence à deviner que son volume sera largement ouvert, comme le montrent d'ailleurs les dessins d'architectes placardés sur la palissade de ce chantier (décidément remarquable par son souci d'informer les passants).
 

Les stations du bus en site propre

Les plateformes des futures stations du bus en site propre (voie réservée) dans le secteur de Moulon sont installées aux endroits suivants, et provisoirement dénommées par l'EPPS :

  • à l’entrée nord-est de l’IUT ("Arsonval"),
  • au droit du PCRI et de l’IPS2, ex- IBP ("Noetzlin"), 
  • au carrefour du hameau de Moulon ("Joliot Curie"),  
  • à l'entrée du site de l'Orme des Merisiers sur Saint-Aubin ("Orme des Merisiers") ,
  • au carrefour de Saint-Aubin ("Saint-Aubin").

Hors de Moulon, les travaux de la voie du bus express sur la section Carrefour de Saint Aubin / Christ de Saclay sont un peu moins avancés.

Et la section Corbeville / Polytechnique n’en est encore qu’aux travaux d’enfouissement de conduites, cuves et séparateurs d’eau pluviale sous l’emprise de la chaussée, dont l’achèvement est néanmoins prévu à l’été 2015, donc avant celui de la section Saint-Aubin / Christ de Saclay (prévu à l’automne).

Nouveaux travaux

Depuis la mi-avril, sur le territoire de Gif, les engins de terrassement ont investi l'espace compris entre la Route 128 - qui marquait la limite nord du campus historique (hérité des années 1970 et suivantes) - et la Rigole de Corbeville - qui, outre qu'elle matérialise la "frontière" entre les communes de Gif et de Saclay, formera la limite entre le quartier urbain de Moulon et l'espace agricole.

Les travaux effectués dans ce triangle allongé consistent à tracer les réseaux des rues et des diverses conduites souterraines de la partie nouvelle, créée ex-nihilo, du futur quartier, cette partie étant plus consacrée aux logements et services à la population qu'à l'enseignement et à la recherche qui demeureront la spécificité - non exclusive - de "l'ancienne" qui sera d'ailleurs enrichie de nouvelles installations d'établissements scientifiques.
 

Le bâtiment nord de l'École centrale

Le chantier de construction du bâtiment nord de l'École centrale a démarré.

Un dispositif de circulation alternée a été installé sur la partie de la rue Joliot Curie qui se situe en face.

Cette rue fait elle-même l'objet de travaux pour l'aménagement d'une piste cyclable, et pour la réfection des trottoirs et de l'arrêt de bus.

Des nouvelles des institutions

L'ancien IBP (Institut de Biologie des Plantes)

Il se restructure et se rénove sous le nom d'Institut des Sciences des Plantes de Paris-Saclay, adopte le sigle "IPS2" tiré de sa désignation internationale en anglais (Institute of Plant Sciences - Paris-Saclay). Merci à Mme Maryelle Fradin, chargée de la Communication de l'IPS2, de nous l'avoir précisé.
 

Les représentants au Conseil départemental

Les douze communes des confins nord-ouest de l'Essonne, qui forment le nouveau canton de Gif, ont élu le couple de leurs représentants au Conseil départemental à la fin mars.

Parmi ces douze communes,

  • sept (Bièvres, Vauhallan, Saclay, Villiers-le-Bâcle, Saint-Aubin, Gif, Bures) appartiennent à l'EPPS (Établissement public Paris-Saclay)
     
  • six (les mêmes sauf Bièvres) sont membres de la CAPS (Communauté d'agglomération du Plateau de Saclay)
     
  • trois (Saint-Aubin, Gif, Orsay) sont directement concernées par les travaux d'aménagement du quartier urbain de Moulon.

La commune de Gif appartient à chacun de ces groupes et y tient - grâce à ses élus - une place prééminente. 

Notes

1 : Une noue est une fosse fermée aux deux bouts, creusée dans le sol sans installation de couche d'imperméabilisation, destinée à recevoir les eaux pluviales collectées par un équipement qui imperméabilise le sol (voie routière, parking, plateforme de construction, bâtiment) afin de les empêcher de ruisseler et pour leur donner le temps de disparaître, par infiltration dans les couches profondes du sous-sol, et par évaporation. La noue, infrastructure permanente, ne se remplit que temporairement, à la suite de pluies violentes ou longues. Elle constitue, avec sa végétation herbeuse sélectionnée, un élément écologique et paysager moderne (très employé dans les cités nord-américaines) qui possède la capacité de bloquer et de détruire biologiquement au moins une partie des polluants collectés par les eaux pluviales, notamment sur les voies routières et les parkings.
La noue photographiée ici est exceptionnellement, et très provisoirement, surdimensionnée. En effet, tant que les conduites souterraines, réservoirs de rétention et cuves de séparation des polluants qui sont installés sous la chaussée routière (ce qui explique la durée des chantiers de réalisation de cette voie, dont la partie souterraine est complexe) ne seront pas raccordés les uns aux autres pour former un réseau supplémentaire d'écrêtement des débits, de rétention et de dépollution, elle demeurera le seul équipement de gestion locale des eaux pluviales pour ce tronçon de la voie. C'est pourquoi elle fut creusée avant même le début du chantier de voirie. Quand le réseau sera achevé, sa profondeur sera réduite et son aspect sera celui d'une large gouttière légèrement creusée en bordure de voie.
Dans tous les cas, une noue se distingue d'une rigole en ce qu'elle est destinée à arrêter les écoulements (sa ligne d'eau horizontale est d'ailleurs souvent tronçonnée par des levées installées en travers) et à les faire disparaître sur place, alors que la rigole, grâce à sa pente longitudinale, les dirige vers l'extérieur de la zone de collecte. Enfin, les équipements concernant les seules eaux pluviales collectées par les toits (et non par les chaussées et parkings) se distinguent par une importance accrue donnée aux équipements de stockage (notamment pour l'arrosage des végétations en période sèche) et moindre donnée à la séparation des polluants (lesquels ne doivent cependant en aucun cas rejoindre les rigoles).
On pourra en apprendre plus sur les noues et leur aménagement paysager en consultant la brochure publiée par la Ville de Palaiseau, en collaboration avec Scientipôle Aménagement, en avril 2013, sous le titre "Quartier Camille Claudel, le paysage des noues et la gestion des eaux : quelles incidences sur l'espace public ?"
On trouvera par ailleurs une analyse technique extrêmement détaillée des systèmes de gestion des eaux pluviales le long de la voie réservée au bus express dans le dossier publié en avril 2013 par le STIF (Syndicat des Transports d'Île de France) sous le titre "TCSP Plateau de Saclay : Dossier de demande d'autorisation au titre de la réglementation sur l'eau - articles L214-1 et suivants du Code de l'Environnement".

2 : Les documents qui accompagnèrent la mise en œuvre du drainage du plateau à la fin du XVIIe siècle indiquent l'existence d'un grand marécage permanent dans sa partie centrale légèrement creuse (les étangs de Saclay en sont les héritiers) et, un peu partout ailleurs, de mares aménagées près des fermes. La pluviosité - qui était et demeure modérée (entre 550 et 750 mm. par an selon les années, avec une hauteur moyenne entre 1958 et 2005 de 679 mm.), et qui n'est pas particulièrement irrégulière selon les saisons, bien qu'il y ait des orages de printemps et d'automne -, n'est pas responsable de la stagnation des eaux pluviales. D'ailleurs, si l'on tient compte de l'évapotranspiration (évaluée à 450 mm. par an en région parisienne), ce ne sont plus que 150 mm. environ qu'il faudrait éliminer chaque année par infiltration sur place et écoulement vers l'extérieur. Or, le sol est trop peu perméable et trop peu incliné pour y parvenir. Il y a donc stagnation en temps normal et débordement vers l'extérieur (les vallées périphériques) lors d'événements pluviométriques trop intenses ou durables. Les observations que l'on peut faire dans les parties du plateau où le réseau de drainage n'a pas encore été remis en parfait état de fonctionnement, confirment ce comportement et montrent que ces débordements entraînent des ruissellement érosifs sur le versant périphérique puis des crues dans les rivières qui peuvent entraîner des inondations des fonds de vallées.
Il existe dans les archives locales de très nombreuses mentions d'inondations des moulins, fermes et villages des vallées de l'Yvette, de la Bièvre, de la Mérantaise. Cependant, on n'y mentionne rarement les débordements dans les zones inondables car elles étaient laissées en prairies. Depuis que la pression urbaine s'exerce sur ces vallées (en gros depuis un petit siècle), de nouveaux habitants se sont installés un peu trop près des zones naturellement inondables, voire carrément dedans, en s'imaginant que de petits remblais pourraient les préserver durablement des inondations. Or, deux tendances s'y opposent chaque année un peu plus manifestement : les crues arrivent plus souvent car plus on construit, plus le sol est imperméabilisé et plus vite les eaux pluviales arrivent dans les rivières et les engorgent ; par ailleurs il apparaît qu'avec le réchauffement climatique les orages à forte pluviosité deviennent plus fréquents. A ces deux tendances combinées les collectivités locales et leurs groupements ont répondu par l'interdiction de bâtir dans les zones inondables et par la transformation de certaines de ces zones en bassins de retenue et d'écrêtement des crues (servant aussi à protéger Paris des inondations en retenant les crues en amont dans le réseau hydrographique de la Seine).
Pour en savoir plus sur les conséquences du drainage entrepris par Louis XIV et sur l'état antérieur du plateau, voir l'article de Mouez Bouraoui (École nationale supérieure du paysage) titré "L'invention paysagiste du plateau de Saclay, de la création des rigoles au plan d'actions paysagères", publié en mars 1999 dans le n° 36 de la revue "Courrier de l'environnement de l'INRA".

3 : Le chantier colossal qu'avait ordonné Louis XIV pour amplifier ses "fééries hydrauliques " (les "Grandes eaux") dans son parc de Versailles, commença sous la direction de Colbert (et de l'ingénieur Gobert) et fut achevé en 1686 par Louvois (et l'ingénieur Vauban). Il s'agissait de créer une véritable rivière artificielle (baptisée "Grande rivière") pour collecter les eaux des plateaux proches de Versailles situés à une altitude supérieure à celle des réservoirs des fontaines du parc (c'était le cas du plateau de Saclay, qui constitua environ la moitié du bassin hydrographique de ce système et qui, aujourd'hui, en conserve l'essentiel des équipements encore visibles), et pour les conduire par des aqueducs souterrains et aériens jusqu'à ces réservoirs. Ceux-ci servaient depuis près de 20 ans déjà aux "Grandes eaux", qui furent inaugurées le 18 juillet 1668 pour fêter la victoire du roi lors de la guerre européenne de Dévolution et la conclusion du traité de paix d'Aix-la-Chapelle très favorable à son royaume.  
Le roi voulait, avec la "Grande rivière", faire durer plus longtemps ses "fééries hydrauliques", les répéter plus souvent et les étendre à beaucoup plus de fontaines simultanément.  L'historiographie officielle, dédiée à la gloire du Roi-Soleil et de l'État (c'était lui), puis l'histoire républicaine, consacrée à la critique de l'absolutisme, ont contribué l'une et l'autre à laisser penser que Louis XIV, ses ministres et ses ingénieurs, n'avaient pas envisagé que cet énorme dispositif de drainage aurait des conséquences positives sur la vie du peuple habitant le plateau et les vallées périphériques. Or, si l'on peut encore s'imaginer que le Louis le Grand n'en avait aucune intention voire intuition (malgré ce qu'il écrit dans ses "Mémoires pour l'instruction du dauphin"), il est presque impensable que des grands esprits tels que les deux ministres et les deux ingénieurs qui réalisèrent le projet royal n'aient pas recherché ces effets qui permettaient de donner des terres à cultiver sur le plateau, de produire plus de pain pour le peuple, d'éradiquer les miasmes malsains des marécages, et de réduire les risques d'inondation dans les moulins, les fermes et les villages... En somme, il se pourrait que les jeux d'eau du roi n'aient été pour eux (notamment pour Vauban) que la cerise - politique - sur le gâteau d'une formidable opération globale d'aménagement du territoire.
Dans un siècle, les historiens se demanderont peut-être, en constatant l'imbrication d'intérêts allant du général au particulier (nationaux, régionaux, départementaux, intercommunaux, communaux, associatifs, entrepreneuriaux, etc.) dans le projet actuel d'aménagement du plateau de Saclay, si le chef d'État qui en a lancé la réalisation en juin 2007 (le Président Nicolas Sarkozy) avait conscience, en initiant une opération descendante (centralisée), de toutes les remontées (décentralisées) qu'elle entraînerait. Qu'importe d'ailleurs : l'essentiel est qu'il fit ainsi se rencontrer des aspirations nationales et locales.
Pour une découverte agréablement illustrée et richement documentée de la "Grande rivière" dans le secteur du plateau de Saclay, consulter :
- le Magazine d’informations municipales de Saclay, qui édita en janvier et avril 2006, l'étude consacrée au Système hydraulique du Plateau de Saclay, par Serge Fiorese, historien de Saclay ;
- et/ou la très belle plaquette "De Saclay aux fontaines de Versailles" publiée en avril 2013 par l'association ADER (association des étangs et rigoles du plateau, qui milite pour leur classement au patrimoine de l'UNESCO), ce document étant consultable sous le titre "Présentation des étangs et rigoles" sur le site www.colos.info.
Sur les aspects techniques et financiers de la restauration actuelle du système historique, on peut se reporter à la brochure du SYB éditée en décembre 2010 titrée "Présentation du SYB ; le programme de restauration des étangs et des rigoles ; données financières".
Sur l'ensemble de la question de la "Grande rivière" (moyens techniques, biographie des intervenants, évolution du système), voir le livre de 255 pages, très documenté et vivant, de Jean Siaud, titré "Ils ont donné l'eau à Versailles ; 1664-2014", publié en 2014 aux éditions de l'Onde, à Paris.

4 : Les étangs de Saclay, hérités de la "Grande rivière" et éléments essentiels du patrimoine naturel et historique du plateau de Saclay, constituent une réserve disponible d'eau dont le CEA (Commissariat à l'Énergie atomique et aux énergies alternatives) et le CEPr (Centre d'Essai des Propulseurs, Division Générale de l'Armement) avaient besoin pour refroidir leurs installations et pour lutter contre d'éventuels incendies.
Le CEA dispose évidemment de plans et d'équipements de lutte contre l'inondation (d'origine pluviale ou par rupture d'un ou plusieurs bassins intérieurs) et contre la perte de refroidissement de ses installations sensibles. Il possède tout un équipement de rétention, de recyclage et d'épuration de ses eaux pluviales et usées. La réserve d'eau des étangs de Saclay, augmentée de celles du plan d'eau de Villiers et de quelques bassins intérieurs au site, constitue un recours mobilisable en cas d'incendie et/ou de perte de refroidissement. L'eau de refroidissement habituel des installations circule en circuit fermé alimenté par une station de fabrication d'eau recyclée qui distribue aussi les poteaux incendie. On peut consulter sur ce sujet la brochure éditée par le CEA/Saclay en février 2013 titrée "Évaluation complémentaire de la sûreté au regard de l'accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi".
La fermeture du réacteur Osiris du CEA et la réforme-rénovation des bancs d'essai du CEPr  permettront de réduire les consommations d'eau industrielle et de renforcer d'autant les fonctions écologique et esthétique des étangs de Saclay. Cependant d'autres eaux, jusqu'alors inexploitées, celles de la couche géologique profonde dite de l'Albien, font l'objet d'un projet d'exploitation de leur énergie thermique qui sera conduit par l'EPPS. Pour découvrir ce projet hydro-thermal, et plus globalement le futur "Réseau de chaleur et de froid du Campus urbain Paris-Saclay", voir la brochure éditée sous ce titre par l'EPPS en juillet 2014 (disponible sur son site internet).

5 : Les deux syndicats dédiés à ces objectifs dans le secteur de Moulon et de la confluence Mérantaise-Yvette, sont le SYB (Syndicat mixte de l'Yvette et de la Bièvre) et le SIAHVY (Syndicat intercommunal d'aménagement hydraulique de la vallée de l'Yvette).
Le SYB a été créé en 1970, par extension d'un syndicat intercommunal pour l’assainissement du plateau de Saclay constitué en avril 1947 entre les communes de Gif, Saclay et Orsay pour l’assainissement du plateau et la régularisation du “Ruisseau de Corbeville" (il s'agissait en fait de la "Rigole de Corbeville", dite aussi sur les cartes de l'époque "Rigole de l'État"), alors mal entretenu donc cause de ruissellements. Le SYB regroupe depuis 2004 les communes de la CAPS et 6 autres des Yvelines (il a pris pour ce faire la forme de syndicat mixte). Il s'occupe essentiellement de l'entretien et de la gestion des étangs, rigoles et aqueducs du plateau de Saclay. Il a été mandaté en 2008 pour restaurer le système hydraulique historique en vue de conduire de nouveau les eaux du plateau de Saclay aux fontaines du parc de Versailles, ce qui suppose encore des progrès quant à la qualité de l'eau collectée par drainage des terres agricoles, et la restauration de la continuité de la rigole de Corbeville depuis longtemps interrompue par le déblai des routes 118 et 446.
Le projet de créer un syndicat dédié à la gestion des eaux de l'Yvette s'est localement concrétisé en 1832 avec la création à Bures du Syndicat des meuniers, minotiers et tanneurs (de l'Yvette). Un siècle plus tard, au premier trimestre 1932, quinze communes de  l'Yvette, dont Gif, se sont constituées en syndicat intercommunal pour la "remise en état de la rivière l'Yvette". Le SIAHVY, créé en décembre 1945, en est l'héritier. Depuis lors il s'est beaucoup étendu : il regroupe actuellement 34 communes sur deux départements. Il s'est aussi considérablement renforcé : ayant ajouté à sa fonction originelle (l'entretien de l'Yvette par faucardage et curage) celle de la sauvegarde de la qualité des eaux de la rivière et de ses affluents, il l'a encore étendue à l'assainissement (collecte, transport, traitement des eaux usées), à la prévention des inondations (il a installé tous les ouvrages d'écrêtement des crues du bassin de l'Yvette, par exemple à Gif, le bassin de retenue de la Mérantaise en 1955-57, puis celui de Coupières, sur l'Yvette, en 1974-75), à la défense contre les pollutions et à la "renaturation" des cours d'eau (notamment par restauration de leur "continuité écologique"). 

6 : Parmi les différentes versions du rêve de l'État d'édifier une ville-nouvelle sur le plateau de Saclay avant 2010, la plus mesurée et la plus orientée vers la recherche et l'enseignement scientifiques fut lancée en 1964 par le Premier Ministre Michel Debré sous la présidence de Charles de Gaulle. Le chef du gouvernement souhaitait depuis 1961 créer une "cité scientifique" que le ministre de l'agriculture Edgar Pisani proposait d'installer sur le plateau de Saclay, à Palaiseau, où il voulait implanter l'Institut national de recherche agronomique. La stratégie de Michel Debré pour initier la dynamique consistait à transférer l'École Polytechnique de Paris à cet endroit (il était prévu depuis 1961 qu'elle quitterait la capitale) afin qu'elle entraîne à sa suite d’autres grandes écoles et laboratoires, notamment  l'INRA, l'École des Mines, l'École des Ponts et Chaussées, l'École des Télécoms, l'École nationale supérieure des Techniques avancées... Cette idée de cité et ce plan stratégique furent approuvés par le comité interministériel du 22 juillet 1964. Un “centre ville” (dénommé “Cité scientifique”) de 25 000 habitants était prévu pour accompagner ce déménagement et ce regroupement. Sauf en ce qui concerne l'École Polytechnique, qui fut finalement inaugurée en 1976, le projet ne décolla pas, en partie du fait des réticences corporatistes des établissements scientifiques concernés mais aussi du fait de l'attente de décentralisation exprimée par les régions (les préfets de région ont été institués en 1964 ; les établissements publics régionaux en 1972).

7 : En 1994, les dix communes - des départements des Yvelines et de l'Essonne - du plateau de Saclay étaient regroupées en district intercommunal : le DIPS (District intercommunal du plateau de Saclay), successeur en 1991 du SIPS (Syndicat intercommunal) créé en 1988. Chargé par l'État de proposer un plan d'urbanisation du secteur de Moulon, ce district exprimait avant tout les attentes de ses communes membres. Il commanda un projet au cabinet d'architecture d'Antoine Grumbach, l'adopta et le présenta à l'État en 1994. Il s'agissait du projet d'une cité de la taille modeste d'un quartier urbain, traversée par un grand canal (d'où son surnom de "Ville-canal") dont le principe fondamental consistait à réduire à zéro les rejets d'eau vers l'extérieur, donc à les traiter sur place. Antoine Grumbach associait à son équipe, pour concevoir ce type novateur de gestion de l'eau, l'hydraulicien et paysagiste Erik Jacobsen. Ce principe répondait à la demande générale de prise en compte globale de l'écologie ; il correspondait aussi précisément à l'attente locale des communes puisque la plupart de celles du DIPS participaient simultanément à un ou plusieurs des syndicats d'aménagement hydraulique de la vallée de l'Yvette ou de la Bièvre et au SYB, le syndicat dédié à l'entretien et à la remise en fonction des rigoles royales du plateau de Saclay. Robert Trimbach, alors président du DIPS, disait d'ailleurs à cette époque que "l’hydraulique et le paysage (devaient) être des éléments urbains prépondérants, avec la prise en compte d’une écologie active et d’un respect de l’environnement”. Ce projet du DIPS d'une petite cité à la gestion hydraulique exemplaire effraya un peu l'État en ce qu'il élevait plus haut que lui la barre des qualités attendues en matière d'écologie et de  prise en compte des demandes locales. l'État, ni d'ailleurs la Région, ne donnèrent suite. Cependant, les idées d'Antoine Grumbach ne furent oubliées ni par l'État, ni par les communes et autres intervenants sur le plateau de Saclay : on les retrouve écrites et dessinées - actualisées, renforcées et exprimées autrement - dans les directives et les plans actuels d'aménagement du quartier urbain de Moulon. Ainsi, par exemple, l'idée de canal central se trouvera reprise, modifiée et concrétisée, sous la forme des mouillères bordières (en fait des noues très étendues) qui borderont le nord du quartier urbain de Moulon, le long (au sud) de l'actuelle rigole de Corbeville et qui serviront à retenir et à traiter localement les eaux pluviales surabondantes et à marquer la limite et transition esthétique et écologique entre l'espace urbain et l'espace agricole.
On peut retrouver des informations sur le projet d'Antoine Grumbach sur le site de son cabinet d'architecture (<www.antoinegrumbach.com/>), dans la "Lettre du Plateau de Saclay"  (n°3 de décembre 1994) éditée par le DIPS, dans la revue "Projet urbain" de mars 1995 (où A. Grumbach parle de "l'université sur le canal")  et dans la revue "Plein Sud" de l'Université Paris-Sud, dont le n° 19 d'octobre-novembre 1995 publia deux articles consacrés à ce projet, l'un d'Antoine Grumbach et l'autre de l'hydraulicien-paysagiste Erik Jacobsen.
Le document de base pour s'informer sur le futur quartier urbain de Moulon est le "Contrat de développement territorial Paris-Saclay, Territoire Sud" validé par le Comité de pilotage le 2 septembre 2013, amendé par une motion de la CAPS adoptée le 13 novembre 2014, et soumis à enquête publique en décembre 2014-janvier 2015. Il est consultable sur les sites de la CAPS, du Grand Paris, de la Préfecture de la Région d'Île de France et de l'EPPS.

8 : L'EPPS a demandé, édité et pris en compte une quantité impressionnante d'études portant sur l'eau, un sujet qu'il institue officiellement au second rang de ses priorités - après celui des transports - dans ses brochures de présentation (dans le Contrat de développement territorial de septembre 2014, la "gestion des eaux équilibrée entre le plateau et la vallée" constitue le 4ème objectif de la 4ème priorité - "créer un éco-territoire", la première consistant à créer un pôle scientifique majeur, la seconde à proposer des logements, la troisième à résoudre le problème des transports). Deuxième ou quatrième, la gestion de l'eau tient un rang et une place d'importance dans les projets et engagements de l'État par le biais de l'EPPS. On peut le vérifier sur le terrain : les équipements de gestion des eaux pluviales imposés par l'EPPS sont, sur tous les chantiers, réalisés en premier. Chacun a pu le voir (et en a eu le temps pendant les bouchons) en longeant le chantier de la voie du bus express, qui a d'abord consisté à creuser profondément l'emprise pour y placer des conduites, tubes, ponceaux, cadres réservoirs, cuves de confinement des pollutions accidentelles, débourbeurs/déshuileurs, vannes, dalots, etc. destinés à collecter, retenir, décanter, dégraisser, conduire, laisser traverser, etc. les eaux de pluie venant des voiries, les eaux de pluie qui viendront  des toitures, les eaux des rigoles (avec leurs animaux), sans parler des eaux usées, de l'eau potable, des réseaux d'approvisionnement en énergie, en informations... Chacun l'a vu aussi à la réalisation de vastes lacs servant de bassins de rétention (dans le secteur de Polytechnique), de rigoles et de noues (à proximité de chaque chantier), ainsi que des futures mouillères (zones inondables végétalisées permettant la rétention et l'infiltration-évaporation des eaux surabondantes) récemment délimitées en bordure de la rigole de Corbeville dans le secteur de Moulon.
Sur l'eau en tant que seconde priorité de l'EPPS voir par exemple la brochure qu'il a éditée en octobre 2012 titrée "Concertation préalable à l'aménagement ; Projet urbain de Moulon".
Pour une approche "non technique" mais très documentée de l'ensemble des questions concernant l'eau dans le projet Paris-Saclay, voir les chapitres que lui consacre le bureau d'études Artelia, pour le compte de l'EPPS, dans les deux gros volumes publiés par l'EPPS en juin 2013 sous le titre "Projet urbain du quartier de Moulon : étude d'impact".
Sur la gestion des eaux pluviales récupérées par la voie du bus express (en langage urbanistique "TCSP" ou "Transport en commun en site propre"), voir l'imposant dossier-étude de 124 pages publié en avril 2013 par le STIF (Syndicat des Transports d'Ile de France) sous le titre "TCSP Plateau de Saclay : Dossier de demande d'autorisation au titre de la réglementation sur l'eau - articles L214-1 et suivants du Code de l'Environnement".
La plus synthétique des études récentes d'ensemble du problème a été publiée en 25 pages par l'EPPS en février 2014 sous le titre "Étude globale de gestion des eaux ; plateau de Saclay", en numéro 2 de la collection "Praxis". l'EPPS y définit les 11 enjeux et les 18 objectifs qu'il situe et vise pour la gestion des différents types d'eaux : pluviales, usées, potables,  d'usage agricole, des milieux aquatiques et des zones humides.

9 : Le risque d'inondation n'est pas seulement statistique : il constitue pour beaucoup d'habitants des communes du plateau et des vallées périphériques une réalité dont leur mémoire garde la trace. La dernière et très marquante inondation de zones habitées remonte à l'année 2007 et concerne les communes de Châteaufort, Villiers-le-Bâcle, Saint-Aubin et Gif où elle fut reconnue catastrophe naturelle. Son origine fut une pluie d'orage exceptionnellement abondante qui arrosa le sud du plateau dans la soirée du 29 avril 2007. Cet événement a fait couler beaucoup d'encre pour son interprétation et d'argent pour la réparation des dégâts engendrés sur plus d'une centaine d'habitations et sur des équipements publics (notamment le ravinement de rues en pente et, à Gif, la destruction du lavoir de Gibeciaux et de la petite tourelle des toilettes de l'ancien marché de l'avenue de la Terrasse).
Cependant, cette inondation a entraîné trois conséquences positives pour l'avenir. D'abord celle d'avoir obligé à revoir pour les actualiser toutes les normes concernant les débits de fuite des équipements de rétention des eaux, et des débits d'écoulement des rivières, des biefs et des rigoles, tant sur le plateau que dans les vallées périphériques. Aujourd'hui, ce sont ces normes - celles du SIAHVY notamment - qui font référence dans tous les calculs et plans concernant la gestion des eaux du plateau de Saclay, dont celles du futur quartier urbain de Moulon. Ensuite, celle d'avoir conduit à revoir aussi les pratiques anciennes de gestion en améliorant considérablement leur qualité écologique. Par exemple, le SIAHVY ne s'est pas contenté d'accroître la capacité de rétention du bassin d'écrêtement de la Mérantaise situé au bas du versant de Belle Image : il a aussi beaucoup travaillé à la restitution de la continuité écologique du cours de la rivière jusqu'à sa confluence avec l'Yvette. Autre exemple, celui de l'attention portée sur le plateau à la qualité biologique des eaux et à la préservation des espèces végétales et animales qui y vivent (les oiseaux des étangs de Saclay, l'étoile d'eau et le triton crêté, les poissons qui fréquentent les rigoles, les insectes des milieux humides... ) : sous la voie du bus express ont été disposés des tubes permettant aux petits animaux, notamment aux batraciens, de traverser, et la longueur des ponceaux a été limitée pour que l'obscurité ne soit pas un obstacle à la circulation des poissons. Enfin, troisième conséquence positive, la qualité esthétique des équipements de gestion de l'eau n'est plus une question subsidiaire : les paysagistes engagés par l'EPPS ont conçu une "trame bleue" (en liaison avec la "trame verte") qui valorise en tant que paysages, milieux écologiques et lieux de promenade les étangs, mares et rigoles existants ainsi que les noues, les mouillères et autres bassins de rétention en cours de réalisation ou à venir sur le plateau.  
Sur l'inondation du 29 avril 2007, voir l'article d'Yves Nédélec titré  "Deux exemples d’inondations par ruissellement : quelles leçons en tirer pour une meilleure prévention ?" publié par la Revue "Sciences, Eaux et Territoires" de l'IRSTEA (Institut de recherche en sciences et technologies pour l' environnement et l'agriculture), dans un numéro spécial de 2008 consacré à "La prévention des inondations. Aspects techniques et économiques des aménagements de ralentissement dynamique des crues".

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