Chronique 9 - Novembre 2015

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 9 - Novembre 2015

À cette échelle, même rose, une toupie à béton passe inaperçue…

Deux volets, deux échelles...

Le chantier de l'École Centrale, dont le premier bâtiment (note 1) sort de terre sur la partie giffoise de Moulon, manifeste par son ampleur (note 2) la volonté de l'État de hisser le pôle scientifique du Plateau de Saclay aux premiers rangs mondiaux.

À l'évidence, le regroupement d'établissements d'une telle envergure impose à ce projet national une échelle sans commune mesure avec celle des quartiers urbains à dimension humaine qui devront demain accueillir localement les populations permanentes indispensables à son succès (note 3).

Cette seconde échelle, dont le maillage fin n'est pas encore tracé au sol, sera sensiblement identique à celle de la plupart des quartiers d'habitat collectif existants dans les communes du plateau et des vallées bordières. Ainsi, dans la partie urbaine - essentiellement giffoise - du quartier de Moulon, les ensembles de logements, les équipements, les services, les rues, les trottoirs et espaces verts, seront conçus et répartis de façon comparable (note 4) à ce que l'on connaît par exemple dans le Cœur de ville de Chevry, ou dans les résidences de l'Abbaye et des Quinconces. Et chacun de ces quartiers urbains nouveaux, loin de constituer en lui-même ou avec ses voisins une ville autonome (note 5), vivifiera sa commune d'origine.

Nous, les Giffois, sommes particulièrement fiers d'être les citoyens d'une “Ville de Gif” (note 6) qui s'est efforcée avec succès d'échapper à son destin tout tracé de banale banlieue. Et heureux d'être les héritiers d'une "ville verte" (note 7) reconnue propice à l'épanouissement et à la créativité (note 8) de ses habitants, grands et petits. Nous souhaitons que l'exemple de cette ville libre et verte enrichisse - avec d'autres (note 9) - les traits et le renom de Moulon et des différents autres quartiers urbains du campus du Plateau de Saclay. Aussi nous réjouissons-nous de l'ouverture d'une enquête publique complémentaire qui nous permettra d'affûter encore nos libres avis, et de la transformation de l'EPPS en un Établissement public d'aménagement (note 10) où nos élus locaux seront mieux écoutés.

Le chantier du bâtiment A (ou nord) de l'École Centrale, vu du Point F (ex-CNEF, à l'ouest), de l'IUT (à l'est) et de l'IPS2 (ex-IBP, au nord), à la fin septembre  2015.
Merci à J.P. Barès et à C. Nicolaï de nous avoir ouvert les sites de l'IPS2 et du Point F.

Les chantiers en cours

Le Lieu de vie

Alors que le vitrage périphérique de tous les niveaux du bâtiment s'achève, les aménagements intérieurs vont bon train. Le projet de place entre le Lieu de vie et le futur Bâtiment d'enseignement de la physique (à l'est, sur Orsay) se précise en réservant une plateforme centrale à claire-voie permettant de protéger sans les occulter les vestiges des murs de la villa gallo-romaine découverte en 1990 lors du creusement des fondations de la Maison de l'Ingénieur et datée de la fin de la première moitié du premier siècle avant notre ère.
 

Le Bâtiment sud de l'École Centrale

Programmé pour une inauguration à la rentrée 2017, en même temps que celle du bâtiment A (ou nord), le bâtiment sud vient juste d'être mis en chantier sur le terrain anciennement occupé par les bâtiments d'habitation du CNEF, donc au sud du bâtiment A déjà sorti de terre et à l'est du bâtiment principal de Supélec à Gif.
 

La voie du bus express 91-06

Les derniers aménagements de la voie réservée au bus express 91-06 reliant la gare de Massy au Christ de Saclay via les quartiers urbains en cours de construction de Polytechnique et de Moulon s'achèvent. Le premier bus devrait l'emprunter avant la fin de l'année 2015, en conformité avec le programme originel fixé en 2010. Le financement de la ligne a été réalisé par la région Île-de-France et l'État à parité (41% chacun), le solde (18%) revenant au département de l'Essonne. Pour une rétrospective des différentes étapes du chantier avec des animations vidéo en 3 D, voir le site du bus Express 91-06.

L'ENS

Le décapage de la grande parcelle (équivalente à deux “blocks” d'immeubles de Manhattan) dédiée au futur complexe de l'ENS (École normale supérieure) a commencé début octobre 2015, à l'ouest du bâtiment de Digitéo et en bordure nord du “Deck” (axe de circulation principal dans le futur quartier urbain de Moulon) maintenant achevé.

Des nouvelles des institutions

L'EPPS

La tension entre les élus locaux et les fonctionnaires et chargés de mission de l'EPPS qui s'était soldée par la décision des premiers de ne plus siéger aux assemblées délibératives de l'EPPS s'est résorbée à la fin de l'été grâce au succès d'une mission préfectorale de (ré)conciliation.

Le projet de Contrat de Développement Territorial Paris-Saclay Territoire Sud, corrigé et actualisé puis validé en juillet 2015 sera soumis à enquête publique en novembre 2015.

Par ailleurs la transformation prochaine (mais non datée) de l'EPPS en EPA (Établissement public d'aménagement du Plateau de Saclay) qui répartira d'une façon différente les sièges des membres du Conseil d'Administration et placera à la Présidence une personnalité élue parmi les élus, donnera un peu plus de poids aux élus locaux. Cependant, la structure et les personnels des services techniques de l'actuel EPPS seront probablement reconduits à l'identique ou presque par l'EPA.

La CAPS, la CA2E et la CPS

Les Communautés d'agglomération du Plateau de Saclay (CAPS) et Europe-Essonne (CA2E) finalisent leur fusion prévue pour le 1er janvier 2016.

Le nouvel établissement de coopération intercommunale portera très opportunément le nom de Communauté Paris-Saclay (CPS). Les communes de Wissous et de Verrières-le-Buisson en seront membres.

Au sein de ses 27 communes cette communauté d'agglomération regroupera un peu plus de 300 000 habitants. Son siège sera celui de l'actuelle CAPS, sur la partie orcéenne de Moulon, à proximité immédiate de la future station "Gif/Orsay" de la ligne 18 du métro du Grand-Paris Express, donc sur une position stratégique à la jointure des futurs quartiers urbains du "Territoire sud de Paris-Saclay" : Polytechnique, Corbeville, Moulon. 

Événements

“ Petite Ensaclaypédie ” de Pierre Veltz (éditions La Découverte - Dominique Carré, Paris, 151 p.)“ Petite Ensaclaypédie ” de Pierre Veltz© Pierre Veltz

“ Petite Ensaclaypédie ”

Pierre Veltz, qui aura été le premier et le seul président-directeur général de l'EPPS, a publié en octobre 2015, sa “ Petite Ensaclaypédie ” (éditions La Découverte - Dominique Carré, Paris, 151 pages) dans laquelle il retrace de façon à la fois très vivante et très documentée l'épopée du Plateau de Saclay en tant que “ cluster d'intérêt national ”.
 
 

Paris-Saclay Invest

L'investissement dans les “ start up ” de l'économie de la connaissance (scientifique et technologique) étant l'un des ingrédients du succès du projet de "cluster Paris-Saclay", la CAPS relaie autour d'elle l'appel lancé par “ Finance & Technologie ” à participer le jeudi 10 décembre 2015 à HEC (Jouy-en-Josas ) à "Paris-Saclay Invest".

Pour toute information voir www.paris-saclay-invest.com


Notes

Note 1 

Un second bâtiment, légèrement moins étendu, sera construit au sud du premier, sur la parcelle des anciens logements du CNEF dont les immeubles ont été détruits au début de l'année 2015. Le décapage de cette parcelle s'est achevé en octobre, le chantier de construction a immédiatement démarré car l'inauguration du bâtiment est prévue en même temps que celle du premier, à la rentrée universitaire de septembre 2017.

Note 2

La parcelle du bâtiment nord (ou "A") de l'École Centrale s'étend sur une superficie équivalente à la pelouse du Grand Stade de France à Saint-Denis. Sa surface cumulée de planchers, soit 48 000 m2, équivaudra à celle de 5 terrains de football.

  • L'ENS, qui sera le plus vaste des bâtiments de Moulon, occupera une parcelle d'environ 220 m sur 130 (un “ block ” ou “ pâté d'immeuble ” à Manhattan en mesure 240 par 60) et cumulera 65 000 m2 de planchers.
  • Le bâtiment sud (ou "B") de l'École Centrale offrira 27 000 m2 de planchers.
  • Le bâtiment central de Supélec, désormais rattaché à “ Centrale-Supélec ”, dispose de 40 000 m2 de planchers…

Note 3

Le Contrat de Développement Territorial Paris-Saclay Territoire Sud, validé en juillet 2015 par le Comité de Pilotage de l'EPPS, répartit ainsi pour l'ensemble de la ZAC de Moulon (169 hectares de Gif, 80 d'Orsay et 88 de Saint-Aubin), les surfaces cumulées de planchers à créer :

  • activités scientifiques : 350 000 m2 prévus (275 000 existants)
  • activités économiques : 225 000 m2 prévus (66 000 existants)
  • logements étudiants : 90 000 m2 prévus soit 2 900 lits (29 800 m2 existants)
  • logements familiaux : 180 000 m2 prévus soit 2 250 logements (9 300 m2 existants)

Note 4

Concernant ces équipements urbains, la comparaison ne vaut que quantitativement (dimensions, densités, fréquences...). En terme qualitatif, l'objectif recherché est d'atteindre le niveau de qualité des quartiers urbains existants les mieux équipés.

Quant au style, il sera d'évidence plus moderne, car actuel et intégrant les avancées technologiques les plus récentes, et globalement plus "urbain" puisqu'il n'existera dans le périmètre de la ZAC de Moulon qu'un seul petit et minuscule “ quartier ” historique (le hameau de la Ferme de Moulon), et aucun secteur villageois ou pavillonnaire.

Note 5

L'hypothèse d'une ville nouvelle autonome (constituée en commune ou en établissement public de coopération intercommunale) fut notamment celle des premiers ministres Michel Debré (en 1964) et Dominique de Villepin (en 2005).

L'Histoire locale a démontré qu'une ville autonome pouvait se créer par détachement de quartiers de communes voisines : ce fut le cas des Ulis, commune formée à partir de quartiers déjà habités appartenant à Bures et à Orsay et créée par arrêté préfectoral le 17 février 1977.

De même, le ministère de l'Intérieur avait conçu en 1971 le projet de faire du futur quartier de Chevry II une commune indépendante. Il avait finalement décidé de rattacher à Gif, par décret ministériel du 14 novembre 1975, les parties de cet ensemble appartenant auparavant à Gometz la Ville et à Gometz le Châtel.

Note 6

L'expression “ Ville de Gif ” se substitua dans les actes officiels à celle de "Commune de Gif sur Yvette" au moment de l'adoption, en 1983, du nouveau blason communal dessiné par Pierre-Yves Trémois (à la demande du maire, Robert Trimbach), dont elle fut dès lors quasiment inséparable. Cette expression et ce blason marquent symboliquement la “ victoire ” de la commune dans sa volonté de conduire librement son devenir vers un statut de ville libre et verte.

La commune de Gif avait en effet réussi pour la première fois à marquer de ses exigences la création (imposée de l'extérieur) d'un quartier d'immeubles collectifs, celui de l'Abbaye (qui était apparu en août 1960 sur le Plan d’aménagement et d’organisation de la Région parisienne élaboré sans consultation préalable du maire) : elle en avait conduit la réalisation de l'origine (en 1961) à l'achèvement en 1970 (inauguration de la bibliothèque du quartier).

La commune venait aussi de renouveler cet exploit, cette fois à Chevry : elle avait pris à son compte, et profondément remanié, le projet privé de cet ensemble qui était apparu sans son consentement en 1962 ; elle avait rattaché à son territoire les parties de ce projet sises sur les deux communes de Gometz voisines (en 1975) et finalement achevé par elle-même, en 1982, le dernier quartier de l'ensemble (le Cœur de Ville, de nature résolument urbaine). De ces “ victoires ” étaient née une représentation nouvelle de Gif et des Giffois dont le blason et son titre “ Ville de Gif ” répétaient et amplifiaient les traits essentiels : sa volonté de liberté, son attachement à l'identité de ville de villages (les hameaux), sa confiance en ses propres forces. 

Note 7

Recevant en 1978 le diplôme de "Ville verte" décerné par l'Agence des espaces verts de la Région d'Île-de-France, la commune de Gif - alors en train de multiplier à Chevry son nombre de logements - prit conscience d'être passée du statut de commune "villageoise" de banlieue à celui de modèle dans le domaine de l'équilibre entre la ville et la nature.

Elle prit aussi conscience de l'intérêt de poursuivre ses efforts dans cette voie et de s'y promouvoir comme modèle et expert, ce en quoi elle réussit parfaitement puisque de nombreux ouvrages portant sur ces questions un peu partout dans le monde (dont en Chine) la mentionnèrent comme référence. Cette réputation fut confirmée en 2010 par l'intégration de la commune dans le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.

Note 8

Réputée comme lieu de résidence de nombreux chercheurs titulaires de prestigieux prix nationaux et internationaux, et aussi d'artistes renommés, Gif (et plus globalement "la vallée de l'Yvette") fait référence en tant que cadre de vie parmi les plus propices à la découverte, à l'apprentissage et à la créativité.

Note 9

Les technologies actuelles de gestion automatique fine, en temps réel et en prospective, des flux et des stocks (énergie, eau, marchandises, personnes, informations, rejets, faune et flore, véhicules, etc.) permettent d'améliorer très significativement les qualités des villes et leur gestion. L'objectif originel de la ville verte peut s'en enrichir : la Ville de Gif a ainsi renforcé sa “ ville verte ” en y introduisant par exemple au début des années 2000 les principes du développement durable.

Aujourd'hui, l'objectif de réduction des rejets dans l'air de particules fines conduit à réduire la place de l'automobile individuelle en ville, ce dont tient compte le projet Paris-Saclay. La conception de quartiers urbains totalement nouveaux sur le plateau incite évidemment à compenser leur manque d'histoire par une anticipation du futur, en d'autres termes à en faire des laboratoires de la ville numérique (“ Data City ” ou “ Datapolis ”) et de ses différentes versions imaginables (“ Smart City ”, “ Participolis ”, “ Global City ”…).

Cependant le modèle déjà ancien mais largement validé de la “ ville verte ” y a encore toute sa place.

Note 10

L'EPPS (établissement public du Plateau de Saclay), créé par la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris, avait par dérogation la particularité de ne pas faire partie de la catégorie des établissements publics d’aménagement prévue par le Code de l’urbanisme. Ceci permit à l'État de concentrer en une seule personne nommée par lui les fonctions de Président et de Directeur général, et au Conseil d'Administration de 21 membres de ne compter que 9 élus des collectivités territoriales locales (1 élu régional, 2 départementaux, 4 représentants des communautés d'agglomération, 2 maires représentant les Unions départementales des maires).

La loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) met fin à cette particularité, et conduira, dès que le décret d'application sera publié (il est attendu depuis le printemps 2015), à faire de l'EPPS un EPA (établissement public d’aménagement) ordinaire, c'est-à-dire dont le Président sera élu parmi les élus locaux, dont le Directeur général sera nommé par l'État, et dont la moitié au moins des membres du Conseil d'Administration seront des représentants des collectivités territoriales impliquées dans le projet Paris-Saclay. Concrètement, le Conseil d'Administration compterait selon l'État 19 membres dont 10 élus des collectivités territoriales locales (2 régionaux, 2 départementaux, 4 représentants des communautés d'agglomération, 1 de la Métropole du Grand Paris, 1 de la Ville de Paris).

Le Conseil communautaire de la CAPS du 25 juin 2015 a proposé d'accroître encore la part des élus locaux en portant leur collège à 12 membres sur 21 : 1 régional, 2 départementaux, 4 représentants des Unions des Maires de l'Essonne et des Yvelines, 4 représentants des Communautés d'agglomération, 1 de la Société du Grand Paris.

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