Les mairies

La mairie, bien plus qu'un simple bâtiment administratif, est un symbole fort de notre République et de notre citoyenneté. A travers les époques, les mairies de Gif ont été le témoin privilégié des évolutions de notre ville.

Les premières maisons communes (1789-1870)

Tout commence à la Révolution...

En 1789, l’Assemblée nationale décrète la constitution d’une municipalité pour chaque ville, bourg, paroisse, avec à sa tête un conseil composé d’un maire, d’un procureur, d’officiers municipaux et de notables. En 1793, villages, bourgs et villes prennent la dénomination unique de commune. Gif est désormais dans le département de Seine-et-Oise, district de Versailles, canton de Jouy (puis de Palaiseau). Son premier maire est le cabaretier Jean Breton.

Les Debonnaire, une dynastie d'édiles

A partir de 1800, Marie-Charles Debonnaire, dernier seigneur de Gif, devient maire et c’est chez lui, au château de Button, que siège le conseil municipal. Pendant près d’un demi-siècle, la dynastie des Debonnaire de Gif maintient son ascendant local, Marie-Charles, puis ses fils Louis-Charles et Louis-Théodore, se succèdent en alternance comme maires jusqu’en 1848. Désignés par le pouvoir, ils ne disposent pas d’une réelle autonomie et sont les symboles de l’immobilisme et du conservatisme de la période censitaire.

Un ancien relais de poste sis Grande rue

Quand, en 1837, la loi impose aux communes d’entretenir leur maison commune, lorsqu’elles en ont une, celles-ci aménagent un local municipal à l’occasion de la création d’une école. En 1843, la municipalité de Gif fait l’acquisition d’un ancien relais de poste situé au 26 rue Amodru actuel et y installe l’école, une "salle d’asile" (garderie pour enfants) puis, en 1845, la mairie. Le bâtiment comprend également une pompe à incendie, le logement de l’instituteur ainsi qu’un local pour les armes.

En 1848, la Deuxième République instaure le suffrage "universel" masculin. Le corps électoral s’élargit ; à Gif, le nouveau châtelain de Button, Ernest Bourlon de Sarty, est élu maire.

Avec le temps, les locaux de la mairie-école, jugés insalubres, s’avèrent inadaptés ; les problèmes d’odeurs causés par les toilettes, l’humidité importante constituent un sujet de préoccupation récurrent.

Une mairie-école pour Gif (1870-1938)

Naissance d'un nouvel édifice communal

Les dix premières années de la Troisième république correspondent à une vie municipale agitée, marquée par un antagonisme constant et violent entre républicains réformateurs et conservateurs. En 1874, le nouveau maire, Jean-Louis Lalande, devient le personnage marquant de cette période.

Républicain radical, c’est sous son impulsion qu’est décidée la construction d’une structure neuve qui abritera l’école et la mairie. Deux ans plus tard, le conseil municipal, suivant l’avis d’une commission de réflexion constituée ad-hoc, choisit de construire le bâtiment sur un terrain situé en contrebas de l’avenue de la Terrasse, le long de la Grande rue (pavée depuis 1843), axe de circulation principal, en plein centre du bourg. Cependant, les difficultés financières de la commune freinent le projet, coûteux. Finalement, l’acquisition du terrain, après de longues tractations, n’est actée qu’en 1880. M. Vasseur, architecte à Orsay, est chargé de la conception de la nouvelle bâtisse.

La première pierre est posée en 1883. Ainsi, avec la construction d’un édifice dédié fonctionnel, la commune n’a pas attendu les lois Ferry de 1881-1882 et la grande loi municipale de 1884 obligeant chaque commune à détenir un hôtel de ville, pour se lancer dans ce projet décidé une décennie auparavant.

Un style architectural typique de l'époque

L’ensemble est construit en pierre locale de meulière, avec un édifice central abritant la mairie, flanqué de part et d’autre de l’école des filles et des garçons. Un jardin et une fontaine sont également aménagés. En 1889, la commune possède désormais sa propre horloge, entretenue et réparée à ses frais, qui concurrence celle de l’église. On recrute un secrétaire de mairie : ce sera l’instituteur, qui s’occupe également des archives.

En 1895, la remise à neuf de la Grande rue achève l’aménagement de ce nouveau centre névralgique du bourg, qui s’est déplacé de l’église vers la mairie, symbole de la république triomphante.

Le "château de la République"

En 1930, Arthur Levasseur, notable parisien, juriste de formation, ancien député de la Seine, succède à Alphonse Pécard à la tête de l’exécutif communal. Le conseil municipal compte alors 12 membres. Le nouvel édile pose les bases d’une politique globale d’aménagement pour Gif.

Un nouveau bâtiment pour les services municipaux ?

Une étape décisive s’annonce alors lorsqu’en 1937, la mairie-école devenant trop étroite, le conseil municipal envisage de construire un nouveau bâtiment sur un terrain situé à l’angle de l’avenue de la Terrasse et de la Grande rue. Cette structure devait comprendre des bains-douches, un cabinet médical, un gymnase, le foyer municipal et la bibliothèque, ainsi qu’un service d’incendie et les pompes funèbres.

Le projet est toutefois abandonné en 1938 lorsqu’ Arthur Levasseur saute sur une occasion rare : le château de l’Hermitage, situé au cœur du village, est à vendre.

Un choix décisif

Le maire voit là le lieu idéal pour y installer les services municipaux. Cette demeure bourgeoise de 248 m2 édifiée dans les années 1830, trônant au cœur d’un vaste parc de 9 hectares répond alors largement à tous les besoins et constitue la solution définitive pour une réorganisation de l’administration communale. Pour alléger le budget, un projet de lotissement du parc en parcelles constructibles avec aménagement d’une route, est envisagé.

Une acquisition controversée mais déterminante

Après une procédure d’enquête publique et de laborieux pourparlers avec le propriétaire, le Conseil municipal vote l’achat du domaine pour la somme de 700 000 francs. Des Giffois déposent alors un recours en Conseil d’Etat dénonçant une « dépense voluptuaire », « non réfléchie », une « décision hasardeuse » qui « porte atteinte à l’intérêt général »*. L’affaire ira même jusqu’au cabinet du ministre de l’Intérieur qui donnera finalement raison à l’exécutif communal. Au terme de cette rude bataille politique, l’Hermitage devient la mairie et le parc reste finalement préservé.

*Extrait du recours en annulation de la vente du château de l’Ermitage devant le Conseil d’Etat, 24 septembre 1938 (Archives municipales, M 23)

La nouvelle maison commune

1938: l’Hermitage devient le coeur de la vie municipale

Au rez-de-chaussée sont aménagées la salle des mariages, la salle du conseil, la salle des commissions et une bibliothèque ; trois pièces à gauche sont dédiées aux services de la mairie (secrétariat, cabinet du maire et adjoints, salle d’attente du public). Le premier étage est dévolu au service médical, notamment un service médical scolaire, ainsi qu’à des logements pour le secrétaire de mairie et les instituteurs. Au deuxième étage se trouvent les archives. La cuisine située en sous-sol est transformée en bains-douches. A l’époque, l’entrée du château était surmontée d’un porche massif à colonnades d’inspiration néoclassique qui fut déposé en 2001. A l’entrée de la propriété se trouve le logement du garde champêtre. L’orangerie est transformée en salle de culture physique.

Du domaine privé au parc public

Enfin, le vaste terrain de la propriété est loti pour partie. Au sud du plan d’eau, on aménage un terrain de sports, tandis que la municipalité conserve les espaces verts bordant le château, décision déterminante pour l’avenir du village. Taillis et broussailles laissent place à un parc public, les berges du plan d’eau sont aménagées. Au nord, le mur et la grille longeant la Grande rue (actuelle rue Amodru) sont démolis ; une grande place publique est également créée devant la mairie. L’ensemble est inauguré en grandes pompes en 1939, au son de la fanfare de Gif.

Entre héritage et renouveau

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la commune connaît une croissance accélérée. En mai 1945, deux femmes, Anne-Marie Joannon et Alice Amodru, font leur entrée au conseil municipal.

En 1955, la municipalité rend hommage au maire Arthur Levasseur tout juste décédé en donnant son nom au parc municipal. A cette époque, la mairie emploie neuf agents communaux et embauche une sténo-dactylo. Le conseil municipal compte 16 membres, dont un jeune ingénieur résidant au moulin des Gibeciaux, Robert Trimbach, qui sera élu maire de Gif en 1959, succédant à Edouard Desor.

"Redonner vie au village": un nouveau bâtiment pour les services municipaux

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Gif connaît un important essor démographique, passant de 2000 habitants en 1950 à 17 000 en 1980. La commune se modernise et étend le champ de son action, compte 33 conseillers municipaux et emploie désormais 240 agents. L’Hermitage ne suffit plus à loger les services municipaux et apparaît obsolète.

Repenser le centre-ville et ses équilibres

Au début des années 1980, le maire, Robert Trimbach, confie à Serge Micheloni, architecte urbaniste, la conception des nouveaux bureaux de la mairie. Le projet s’inscrit dans une politique globale de réaménagement et redynamisation du centre-ville (avec notamment le percement de la rue Neuve, le réaménagement de la rue Amodru mise en sens unique, la réhabilitation de la cour de l’Image Saint-Jean, la construction de la salle de la Terrasse, la restructuration du marché…). Serge Micheloni est également à l’origine du programme de constructions en contrebas de la rue Neuve. Sa philosophie : restructurer l’ensemble constitué par le cinéma, la mairie et le bord est du parc, et créer un axe de circulation entre le marché et la rue Amodru qui fasse « descendre la vie du village dans cette partie haute duparc »*.

Un ensemble sobre et fonctionnel, dans la droite ligne des constructions de l'époque

Le projet architectural s’inspire des mêmes méthodes de travail que pour la rue Neuve : plusieurs bâtiments sont imbriqués apparemment les uns dans les autres, les éléments du futur programme devant s’intégrer au tissu existant, sans dénaturer le parc. Le nouveau bâtiment des services municipaux, centre opérationnel de l’institution communale et siège du conseil municipal, ouvre au public en janvier 1984. L’aménagement intérieur est confié aux architectes Commissaire et Ohanessian

Il ne s’agit évidemment pas de concurrencer l’Hermitage. Restauré dans son esprit d’origine, celui-ci conserve son charme historique et sa place symbolique au cœur du bourg, consacré par sa récente labellisation en tant que « Patrimoine d’intérêt régional ». On y célèbre encore les cérémonies de mariage. 

Une mairie, deux annexes

Confrontée aux enjeux de l’expansion urbaine de la région parisienne, la municipalité défend une vision ambitieuse : moderniser la commune tout en respectant son identité et son équilibre territorial. La création de quartiers nouveaux sur les plateaux, éloignés du centre historique de la vallée, a rendu nécessaire l’implantation de relais municipaux de proximité.

De Chevry-Belleville...

Sur le plateau sud, après le quartier de Belleville né dans les années 1920, celui de Chevry sort de terre dans les années 1970. Officiellement rattaché à Gif-sur-Yvette en 1974, il se développe rapidement. Au début des années 1980, son centre est presque achevé : avec son clocher, son château, ses arcades et ses commerces, Chevry se dote d’un véritable cœur de quartier.

Dès 1973, afin d’accompagner cette croissance urbaine sur le plateau, une mairie-annexe provisoire est installée dans les bâtiments de la ferme de Belleville. Un projet de « centre civique » regroupant également la gendarmerie, un centre de secours, un centre PMI, une crèche et un centre social, était à l’étude mais n’a finalement pas vu le jour. La mairie-annexe emploie alors quatre agents et une assistante sociale. Lorsque la ferme est démolie en 1988, les bureaux de la mairie-annexe sont transférés au premier étage du château de Belleville situé à proximité. C’est en 1993 que la mairie-annexe du Plateau s’installe durablement dans ses locaux actuels en plein cœur de Chevry.

... A Moulon

Plus récemment, un autre quartier a connu à son tour une transformation majeure : celui de Moulon, sur le plateau de Saclay. En 2015, les premiers coups de pioche marquent le lancement de la construction d’un nouveau quartier de près de 170 hectares. Ce projet s’appuie à la fois sur des bâtiments existants, comme l’ancienne ferme de Moulon, et sur de nouveaux établissements d’envergure. Le quartier de Moulon accueille logements, résidences étudiantes, équipements et infrastructures. La mairie-annexe, implantée depuis 2019 mail Pottier, au centre du quartier, incarne la nécessité de rapprocher l’administration municipale des habitants, au plus près de leurs lieux de vie.