Chronique 15 - Mai 2016

Le secteur de Moulon sur le plateau de Saclay se transforme... Retrouvez chaque mois la chronique de François Beautier (textes) et Bernard Minier (photos).

Chronique 15 - Mai 2016

Une nécessité : amarrer à Gif ce futur quartier urbain.

Vers un Parc naturel urbain ?

Avec le printemps le chantier de Moulon s'est densifié, épaissi, étalé : il a franchi en l'ignorant la frontière communale pour s'étendre vers l'est au-delà de la Maison de l'Ingénieur (sur Gif) et des traces archéologiques de la villa gallo-romaine (sur Orsay)(voir note 1). De ce fait, la marque de Gif à Moulon - discrète (un hameau, un premier campus, une route, des arbres et des champs) - s'estompe. De même, le "cluster" (complexe scientifique) imposé par l'État sur le plateau de Saclay semble non pas s'enraciner progressivement dans les territoires qui le supportent mais s'en émanciper en devenant une entité indépendante, comme hors-sol (voir note 2).

La présidente de la Région Île-de-France, Mme Valérie Pécresse (voir note 3), élue le 24 mars 2016 présidente de l'Établissement public d'aménagement Paris-Saclay, a souligné dans son discours d'investiture la nécessité de raccrocher le "cluster" d'intérêt national aux territoires locaux. C'est pourquoi elle a proposé de convier leurs populations à élaborer puis adopter une charte de "Parc naturel urbain" : par ce moyen ces populations pourraient exprimer leurs attentes et s'approprier chacune une partie - et ensemble la totalité - du "cluster" Paris-Saclay (voir note 4).

Nous, les Giffois, avons spontanément tendance à penser qu'un "Parc naturel urbain" est un clone géant de notre Ville-verte. En cela nous avons tort : alors que notre création collective résulte d'une expérience tâtonnante menée pas à pas, ce qui paraît fondamental dans le cas d'un PNU est le processus préalable d'élaboration d'une charte (voir note 5).

Par un cheminement comparable, Gif devînt en 2011 membre du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse (voir note 6).

En attendant que l'objectif "Parc naturel urbain" corrige l'artificialité du "cluster", il revient aux populations et à leurs élus locaux, ainsi qu'aux utilisateurs des divers campus et quartiers de Paris-Saclay, dont Moulon, de se lancer entre eux le plus possible de passerelles et d'amarres pour rattacher leur partie du complexe à leur territoire local (voir note 7).

Visite des marges est et sud de Moulon.

Promenade en partant de l'est (le parc intérieur de l'IUT) jusqu'au sud-ouest (la palissade du chantier de Centrale Sud au contact du parc de Supélec) en passant par le sud-est (avec une voie temporaire de désenclavement et les terrains des futurs chantiers de la résidence universitaire de 263 lits et du Bâtiment d'enseignement de la Physique, à 10% sur Gif - où se situe la Maison de l'Ingénieur - et à 90% sur Orsay, où furent exhumées il y a 25 ans les fondations d'une villa gallo-romaine).

Chantiers en cours

L'ENS

La parcelle de la future École normale supérieure est maintenant dégagée de part et d'autre de l'ancienne route 128.

Son étendue permet de prendre conscience de l'ampleur de l'ensemble - 65 000 m2 - qui sera construit selon les plans du Renzo piano Workshop pour la rentrée 2018.

Centrale Nord et Sud

Le chantier de Centrale Sud a atteint l'étage culminant et achevé l'installation des façades préfabriquées. Le bâtiment donne maintenant clairement l'impression de constituer une cité (de taille et de densité médiévales) avec ses ruelles et placettes intérieures.

Le bâtiment de Centrale Sud s'élève encore plus vite que le précédent, semblant rivaliser de vitesse avec les cylindres à façades préfabriquées de la résidence universitaire Sérendicity. Son agencement beaucoup moins complexe que celui de Centrale Nord lui permet d'avancer rapidement et de programmer une inauguration simultanée des deux bâtiments, en septembre 2017.
 

Sérendicity

La résidence universitaire d'un millier de lits avance très vite en ce qui concerne les 5 bâtiments cylindriques intérieurs dont les différentes pièces préfabriquées (planchers, façades) sont rapidement assemblées. Les sous-sols des bâtiments quadrangulaires qui borderont les rues extérieures sont déjà réalisés.

Le bâtiment du côté oriental, qui comprendra une agora couverte, sort de terre avec des façades coulées sur place et teintées d'un bronze ou brun foncé.

Les étages des autres bâtiments périphériques seront montés après l'achèvement des cylindriques, le tout devant être prêt pour septembre 2017.

Des nouvelles des institutions

L'enquête d'utilité publique de la ligne 18 du métro

Ouverte du 21 mars au 26 avril 2016, l'enquête publique organisée par le Préfet de Région a mobilisé relativement plus de citoyens que les précédentes, notamment par internet. Une consultation rapide des contributions individuelles indique que le métro fut perçu par un grand nombre de participants non pas comme un simple moyen de transport mais comme un symbole et/ou un outil de l'urbanisation du Plateau.

D'autres le considérèrent comme l'un des éléments très concrets d'un système complexe de transports sur lequel ils voulurent élargir leur jugement. Il apparaît donc que l'établissement d'une synthèse par la Commission d'enquête sera tout sauf facile.

+ d'infos.
 

Le département de l'Essonne

À l'occasion de l'enquête publique sur la déclaration d'utilité publique de la ligne 18 du métro du Grand Paris, le Président du conseil départemental de l'Essonne a souhaité que cette ligne soit prolongée vers l'est au-delà d'Orly afin de créer des correspondances avec les lignes C et D du RER de part et d'autre de la Seine en amont de Paris.

Notes

Note 1 

Le franchissement par le chantier de Moulon de la frontière entre les communes de Gif et d'Orsay prépare l'installation de quatre équipements du campus sur la partie orcéenne du plateau de Moulon, dans le secteur du "Belvédère" et au nord de celui-ci :

  • la Place du Lieu de vie, prévue pour la rentrée 2018, sera située à l'est du Lieu de Vie. Elle couvrira les vestiges archéologiques de la Villa gallo-romaine en ménageant des ouvertures permettant de les voir ;
  • le Bâtiment d'enseignement de la physique, sera construit en bordure sud de cette place d'ici la rentrée 2018 ;
  • une résidence universitaire de 263 lits, située au sud-est du bâtiment précédent, est prévue pour une ouverture en septembre 2017 ;
  • les bâtiments du Pôle Biologie - Pharmacie - Chimie seront édifiés à l'est immédiat de l'actuel IUT, donc au nord de la Place du Lieu de vie, d'ici 2021.

Note 2

L'impression de flottement hors-sol est plus sensible dans le quartier de Polytechnique où la masse urbaine commence à constituer un contexte en elle-même, donc à s'émanciper visuellement des éléments ruraux qui l'environnent (selon un effet dont Rem Koolhas, l'architecte du bâtiment nord de l'École centrale, a fait le principe de son "anti-contextualité").

L'absence pour le moment très perceptible d'un flux et d'un stock de population proportionnés à la taille de cette masse, étrangère au contexte rural précédent, la rend de plus simultanément incapable de préfigurer le changement de fonction économique et sociale de l'espace qu'elle occupe sans encore l'animer.

À Moulon, cette impression de flottement à la fois paysager et fonctionnel apparaît surtout dans la partie orientale de la rue Joliot-Curie, particulièrement entre les bâtiments nord et sud de l'École Centrale puis entre l'IUT et le Lieu de Vie.

Note 3

Valérie Pécresse, élue présidente de l'EPAPS, était - dans le collège des élus membres du Conseil d'administration - la titulaire du mandat le plus élevé du territoire local le plus étendu, la Région Île-de-France. Par ailleurs ses expériences de députée des Yvelines, de vice-présidente du parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse, de ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lui donnaient d'incontestables atouts pour recueillir les suffrages d'une majorité des membres du CA de l'EPAPS.

Le vice-président que le CA lui a choisi est Paul Delduc, qui siégeait parmi les représentants de l'État au titre de Directeur général de l’Aménagement, du Logement et de la Nature, nommé sur proposition du Ministre chargé de l’urbanisme (Emmanuelle Cosse) et du Ministre chargé de l’écologie et du développement durable (Ségolène Royal).

Note 4

Il existe des Parcs naturels urbains dans beaucoup d'agglomérations modernes du monde. En France, ce type particulier de Parc, n'a pas encore de statut reconnu par la loi (une proposition fut rejeté en 2006 au prétexte qu'elle prêtait à confusion avec le statut des classiques Parcs naturels) alors même que depuis près de vingt ans plusieurs dizaines de communautés d'agglomérations en ont créés en périphérie et à l'intérieur de leurs tissus urbains, à l'image de celui de Rueil Malmaison - Vaucresson - Garches qui s'étend depuis 2005 sur près d'un millier d'hectares et qui fait depuis lors référence (son élu le plus motivé, Patrick Ollier, actuel Président de la Métropole du Grand Paris, fut le rapporteur de la proposition de loi concernant ce statut et le fondateur de l'Association nationale des Parcs naturels urbains).

L'idée de faire de Paris-Saclay un Parc naturel urbain fut officiellement émise pour la première fois en janvier 2006 par le préfet de région Bertrand Landrieu dans un rapport d'étape au Premier ministre Dominique de Villepin concernant le "Grand projet d’urbanisme d’intérêt national Massy - Saclay - Versailles - Saint Quentin-en-Yvelines”. Valérie Pécresse, qui avait alors été consultée par ce préfet en tant que vice-présidente du Parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse se fit dès lors porteuse de cette idée.

En septembre 2007, lors de l'inauguration à Toussus-le-Noble de l'exposition consacrée au Concours international d'idées "Urbanisme et développement durable" lancé par la Mission de préfiguration de l'OIN Paris-Saclay, Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, rendit hommage au préfet Landrieu et déclara : "il s’agit ici d’inventer un nouveau concept, celui du parc naturel urbain". Paris-Saclay deviendra-t-il le premier parc naturel urbain régional de France ?

Note 5

Les plans dressés pour le campus de Moulon dans le cadre de l'Opération d'intérêt national Paris-Saclay portent la marque évidente d'une volonté de créer un "système d'espaces verts" - essentiellement pensé par le paysagiste Michel Desvigne - constitué d'un réseau d'alignements d'arbres, de massifs isolés, de "lisières" humides végétalisées et de bois de versants, de jardins intra-urbains et d'un parc central (autour de l'ancien Point F.). Cependant, il s'agit là d'un but à réaliser, alors qu'un Parc naturel urbain envisage moins un état à atteindre qu'un processus permettant de le faire constamment évoluer sans en dénaturer l'esprit originel, par le respect d'une charte élaborée en commun puis officiellement adoptée par tous les acteurs du PNU.

De ce fait, il existe entre les concepts de "Ville verte" et de "Parc naturel urbain" une différence évidente : la première n'a jamais reposé sur une charte écrite mais s'est progressivement constituée par la reconduction tacite d'un contrat verbal implicite entre la population et ses élus, et entre les habitants eux-mêmes, faisant de la ville verte, même avant qu'elle soit ainsi dénommée, un objectif communal.

Cependant, et malgré des échelles différentes, le processus est le même : l'on ne s'étonnera donc pas, en particulier à Gif, qu'une même grande ville (en l'occurrence Stockholm, depuis 2010), soit indifféremment référencée "Capitale verte" et/ou "Parc naturel urbain".

Note 6

Gif intégra en 2011 le Parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse après quatre ans d'une candidature devenue très active à partir de 2009 puisqu'elle fut marquée par la participation de notre commune au renouvellement de la charte constitutive du Parc à l'occasion de l'élargissement de son périmètre. Cependant, Gif suivait depuis plus longtemps, sans en être signataire, la dynamique et les normes du parc (dont l'instigateur, François Prieur, avait dessiné pour notre commune son premier plan de développement cohérent avec le premier plan intercommunal d'aménagement de la Vallée de Chevreuse qu'il avait établi en 1959). En grande partie, la "ville verte" de Gif (reconnue par un diplôme de l'Agence régionale des Espaces verts en 1978) fut inspirée des principes fondateurs du Parc naturel, explicitement définis dès 1967 (alors que le Parc régional ne fut créé qu'en 1985).

Note 7

La nécessité de commencer à enraciner le nouveau campus de Moulon dans Gif (et aussi dans Saint-Aubin et Orsay, pour des portions moins importantes), alors que le futur quartier, en devenir, n'est pas encore peuplé de façon permanente (sauf rares exceptions), conduit à appeler les Giffois à faire les premiers pas pour accueillir les premiers "Moulonois" (ce gentilé officiel est celui de la commune de Moulon située dans le Loiret).

Il s'agit concrètement de rendre Gif, les Giffois, leurs associations et entreprises, plus présents dans les événements qui réunissent des habitants et utilisateurs de Moulon (rencontres festives, culturelles et sportives ; journées portes ouvertes ; accueils des nouvelles promotions d'étudiants, fourniture de biens et services... ). Il s'agit aussi d'être plus à leur écoute (sur place et en les invitant dans les autres quartiers de Gif), et d'introduire leur futur quartier dans la "société giffoise" (par exemple en y organisant ou faisant passer des marches, courses, matchs, concours, concerts, expositions, ou en y installant dès que possible des signes de "giffoisité" ("giffoisitude" ? ), par exemple des artistes giffois et certaines de leurs œuvres (pas seulement pour la fête des artistes). Réciproquement il serait bon que la petite troupe de théâtre des étudiants de l'IUT - par exemple - soit incitée à jouer devant d'autres publics et dans d'autres quartiers de Gif.

Du côté des entreprises, signalons l'installation sur la partie giffoise de Moulon, depuis la mi-avril, d'un barnum démontable de restauration rapide - "Lulu la Frite" - qui vise le marché des travailleurs des différents chantiers et qui se déplacera au gré des achèvements et nouvelles ouvertures. Cette entreprise d'origine non-giffoise s'approvisionnera auprès des commerçants de Gif et sera bien placée, au moment de l'ouverture des premiers commerces du futur quartier d'habitat mixte, pour s'installer sur le campus de façon pérenne.

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